CHAPITRE V
ceinte ; c'est celle du républicain (i) que les scélérats ont eu la barbarie d'envoyer à l'échafaud huit jours après lui avoir accordé un certificat de civisme. J'entends sa voix ; elle nous dit d'appeler la vengeance nationale sur la tête des scélérats que Boisset a précipités dans des cachots; elle nous crie : « J'ai succombé sous leurs coups fratricides, « parce que l'un d'eux (2) vouloit la. place que j'occupois; <( pareil sort vous attend si vous cessez un instant de dé- « voiler leurs crimes et leurs forfaits. Persistez, persistez « dans le combat à mort que vous leur avez livré ; autre- « trement c'est fait de vous... »
Encore une fois, courage, frères et amis, courage 1 Et s'il pouvoit exister parmi vous quelques lâches, quelques égoïstes, qu'ils apprennent que si le crime triomphoit, ils seroient exposés à être déportés de leur département à un autre des plus éloignés, si quelques-uns de leurs parens étoient égorgés ; je m'explique : le citoyen Convers, détenu aux ci-devant Claristes, m'a dit que Desisles lui avoit confié « que de mille détenus environ qu'il y avoit dans « le département de l'Ain, il y en auroit tout au plus trente « à trente-quatre de sauvés et qu'encore on verrait^ on ver- « roit. T> Sur quoi, lui Convers, ayant observé «que ceux qui « feroient tant de victimes s'exposoient à des haines héré- « ditaires et éternelles de la part des familles de ces vic- « times. » Desisles lui répondit aussitôt : « Nous sommes « tranquilles là-dessus, parce qu'on rendra un décret de « déplacement^ c'est-à-dire que les familles du départe- « ment de l'Ain, où il y auroit des citoyens de sacrifiés, « seroient envoyées dans la ci-devant Bretagne, et les fa- « milles de cette partie de la république qui auroient aussi
(1) Le citoyen Perret, receveur des domaines nationaux. {Note de M. 'Bergier.)
(2) Le nommé Chaigneau. {Note de M. 'Bergier.)
« quelques parens de victimes, seroient déportées dans le « département de l'Ain. »
Qui auroit pu prévoir, frères et amis, que nos scélérats l'étoient au point d'avoir recours à une précaution aussi abominable pour écj;iapper à la juste vengeance que les remords les plus cuisans de leur conscience crioient qu'ils méritoient !... (i).
Un décret du 7 fructidor avait supprimé les Comités de surveillance des communes et n^en avait conservé qu'un par district. C'était une bonne mesure. Ces comités n'étaient que des bureaux de dénonciation et de vexations au service des inimitiés particulières; de plus, l'indemnité de trois livres par jour allouée à leurs membres, presque tous ouvriers ou cultivateurs , leur donnait la funeste facilité de vivre dans le désœuvrement.
Conformément à ce décret, Boisset, par un arrêté daté de Bourg le 2 vendémiaire an III (23 septembre 1794 transforma le Comité de surveillance de cette ville en comité de district et remplaça six Burgiens par six habitants de diverses communes. Les membres conservés furent : Lefranc^ Nollet, Tignat^ Canal dit Commercy, Clunjr cadet et Qiiinson (voir ci-dessus l'arrêté du 28 thermidor) ; et les nouveaux furent : Joseph-
[i] Discours prononcé par C.-G. Bergier cadet^ à la séance de la Société populaire de Bourgs {Ain), le 4» jour Sans-Culottide. 2^ année républicaine. Sans nom d'imprimeur, 12 p. in-8. — G"^ D.