CHAPITRE VI
Albant^ mis en liberté le 3o fructidor par le Comité de Sûreté générale dont Méaulle faisait alors partie, avait été retenu à Paris, on se le rappelle, par le Comité de Salut public pour travailler de son état de serrurier dans Tatelier de précision établi sous l'agence de la grosse artillerie. Effrayé des résultats de l'enquête et de la publicité qui leur était donnée par divers écrits, l'ex-maire voulut prévenir de nouvelles poursuites en racontant aussi sa vie révolutionnaire. Son factum, comme celui de Blanq-Desisles, écarte adroitement certains faits et présente les autres sous le jour le plus favorable à sa cause. Voici, par exemple, comment il se défend d'avoir présidé au pillage du temps de Javogues :
Le représentant Javogues étant venu à Bourg me donna la mission d'accompagner une compagnie de l'armée révolutionnaire, chargée de faire des visites domiciliaires ; mes fonctions se bornèrent purement et simplement, dans le cours de cette mission, à faire respecter la loi, la liberté et les propriétés des citoyens, età maintenir le bon ordre. J'ai eu soin de faire rédiger procès-verbal des différens effets enlevés en vertu des pouvoirs dont le commandant de cette compagnie étoit revêtu ; j'en ai laissé extrait aux intéressés, je suis muni du récépissé, et je défie la calomnie d'oser dire qu'il existe aucune plainte de ce qui s'est passé sous ma surveillance (i).
(i) A. -M. Albant, maire de la commune de 'Bourgs à ses concitoyens. Paris, an III, i8 p. iii-4». — C'« D.
En tête de la première page du texte on lit : Mémoire justificatif pour Aimé-Marie Albant. serrurier et maire de la commune de 'Bourf^.
Singulière manière de faire respecter la loi, la liberté et les propriétés des citoyens, que de laisser dilapider leurs maisons! Singulière manière de comprendre ses devoirs administratifs que de prêter son concours à des exploits de Mandrin sous prétexte d'exécution d'un ordre ! Qui donc avait fait venir les brigands de Javogues ? Qui donc avait provoqué cet ordre ? Voilà ce qu'Albant se garde bien de dire.
La défense de Pie-rre Torombert fut présentée dans deux mémoires. Le premier intitulé simplement Observations, et signé « La femme Torombert, » réfute plusieurs passages du compte rendu de Gouly. A la fin se trouve une lettre de Torombert lui-même à Boisset ; il reconnaît ses erreurs et les met sur le compte de son exaltation patriotique.
Je ne dis pas que je n'aie eu aucune espèce de tort ; j'ai eu celui que produit le fanatisme de la liberté; né ardent, j'ai aimé avec passion la révolution. Les maux qui affligeoient l'intérieur de la république ont pu me faire trouver son salut dans l'excès des mesures violentes dont la Convention sembloit elle-même donner la direction. Je croyois remplir mon devoir de bon citoyen en me livrant avec ardeur à cette direction; placé à une des extrémités de la république, pouvois-je savoir que ce n'étoit pas là l'esprit de la Convention, mais un plan de tyrannie organisé parle scélérat qui la subjuguoit. La nation, désabusée, proclame un nouvel ordre de choses ; je m'y livrerois d'autant mieux que c'est