CHAPITRE VI
l'excès même de mon civisme, que c'est mon attachement sans re'serve aux principes du corps législatif qui ont produit mon égarement. C'est ce même excès, c'est cet attachement sans bornes qui doivent être cautions que la République aura en moi un de ses plus ardens prosélytes.
Citoyen Représentant, tu es juste, et tu es philosophe ; tu ne crois pas, sans doute, que dans ces circonstances les passions soient muettes, que Taristocratie soit détruite. Autant tu as mis de courage à démasquer ces hommes pervers, ces fripons, tous ces hypocrites en révolution, autant tu protégeras ces patriotes purs, ces amis ardens de la République, qui ne se sont égarés que par l'excès même de leur amour pour la Révolution et la Convention. Vive la République (i) !
Boisset renvoya ce mémoire aux autorités constituées, le 6 vendémiaire an III, pour avoir leur avis. Il paraît que cet avis ne fut pas favorable ; car, cinq mois après, Torombert, toujours en prison, lança un second mémoire beaucoup plus étendu. C'est une réponse aux attaques dirigées contre lui par ses concitoyens dans l'Adresse que nous avons plusieurs fois mise à contribution et en dernier lieu au ch. m de la présente Époque. [Tableau succinct de la conduite des représentants du peuple dans l'Ain.) Torombert traita naturellement de calornniateurs tous les signataires de l'adresse. A défaut de bons arguments, il emploie
(0 Observations. S.I.n.d., 12 p. in-4°. — Pli. L. H.
tantôt rironie, tantôt Temphase sentimentale. Rien de plus ridicule que ses prétentions de pins jEneas :
... Pour me traduire dans le public comme un homme dénaturé, un homme exécrable, vous dites « que jamais « mon père et ma mère n'ont figuré à ma table, que jamais « ils ne se nourrirent du même pain que moi, et que la « subsistance que je leur donnai fut toujours le prix de « leurs services. »
O mon père, vous l'avez entendu ! et du sein de l'Éternel auquel vous ont réuni vos vertus, vous n'invoquez pas sa toute-puissance contre de telles iniquités ! Vous avez quitté le séjour du mensonge, vous êtes dans celui de la vérité. O mon père, veillez et priez pour votre fils ; vous savez combien il vous aime, comme il sut vous chérir, vous respecter et vous craindre. ... Et vous, ma mère, dont le ciel prolonge les jours, et qui êtes témoin de tant de noirceurs, appuyez vos bras défaillans sur ceux de vos petits enfans ; allez de ville en ville, de hameau en hameau ; racontez à tout le monde quels ont été mes procédés à votre égard et à l'égard de mon père...
Sa péroraison, non moins ridicule, est fondée sur une audacieuse fiction. Il suppose que les manœuvres de ses ennemis ont amené la mort de son frère Louis, tandis que celui-ci, tailleur à Lyon, fut guillotiné le 27 nivôse, pour avoir combattu le 29 mai contre les Sans-Culottes, c'est-à-dire comme rebelle. Et voyez le bel effet oratoire qu'il obtient par ce mensonge. Qu'on le tue, qu'on le torture ! mais qu'on épargne à la mémoire de ce