‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 243 sur 254 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

qu'attentats contre la sûreté publique et révolte ouverte contre la seule autorité légitime.

Guerre aux aristocrates, aux fédéralistes et aux intrigans ! Vive la République et la Convention nationale (i).

En parlant (t. II, p. i85) de notre compatriote Michaud, Fhistoricn des croisades, Tacadémicien royaliste, nous avons dit qu'il était sceptique et républicain dans sa jeunesse, et nous avons donné la preuve de son scepticisme, en ajournant à 1794 la preuve de son opinion républicaine. Le moment est venu de produire cette dernière.

Et d'abord citons un passage de son poème V Immortalité de r âme (Paris, 1794) :

Ah ! si jamais des rois et de la tyrannie

Mon cœur républicain subit le Joug impie,

La tombe me rendra mes droits, ma liberté,

Et mon dernier asile et l'immortalité.

Oui. si le despotisme opprime encor les hommes,

Retire-moi, grand Dieu, de la terre où nous sommes;

Et, parmi les Sidney, les Caton, les Brutus,

Fais-moi goûter encor le charme des vertus.

Maintenant donnons quelques fragments du discours qu'il prononça le 3 frimaire an III (28 novembre 1794) devant la Société populaire de Bourg, à l'âge de vingt-sept ans. Ce discours d'ailleurs, malgré d'énormes impiétés, a une grande valeur comme document révolutionnaire ; il peint énergiquement les crimes de la Terreur dans

(i) Registre de correspondance delà commune de Eourg, i3 frimaire an ni.

notre pays et la nécessité d'en punir les auteurs.

Éloigné de tous les emplois et de toutes les assemblées politiques, j'ai toujours vécu dans la retraite qui convient à l'indépendance de la pensée et à l'étude du bonheur des hommes. Je n'ai point l'audace de la tribune, je n'ai point l'art oratoire; mais qu'ai-je besoin du vain talent des déclamateurs pour ouvrir ici mon âme aux épanchements de la fraternité ? Quand j'aurois l'éloquence de Démosthène, me suffiroit-elle pour exprimer la joie que j'éprouve de retrouver ma patrie délivrée des brigands qui l'ont opprimée, et de respirer au milieu de vous cette liberté que le peuple de cette commune embellit encore par le spectacle de ses vertus. Ma sensibilité s'est vivement émue par les marques d'estime que j'ai reçues dans cette enceinte ; je re vous remercierai pas de ce que vous avez trouvé en moi un bon citoyen, mais je vous remercierai de m'avoir appris à le devenir par votre exemple. Pour répondre à votre bienveillance, je défendrai avec vous la liberté ; je poursuivrai avec vous les scélérats dont les forfaits ont si longtemps souillé ce malheureux département : permettez-moi de vous offrir à ce sujet quelques idées que me suggèrent les circonstances présentes.

Dix ou douze scélérats, aidés de quelques-uns de leurs sateUites, ont longtemps agité au milieu de vous le sceptre de la Terreur ; dans leur vaste conjuration tramée contre le peuple et l'humanité, ils avoient juré d'ensanglanter les rives de l'Ain, comme leurs complices avoient ensanglanté les rives de la Loire et du Rhône.

Les bastilles de la monarchie, les foudres du Vatican, les bûchers de l'inquisition avoient reparu avec eux sur le territoire de la liberté. Ces prêtres de la révolution étoient plus ambitieux, plus fourbes, plus cruels que les prêtres de

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