‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 244 sur 254 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

la tyrannie, qui faisoient journellement le sujet de leurs déclarations; comme leurs prédécesseurs, ils avoient leur fanatisme, leurs orgies scandaleuses, leurs sanglantes croisades et leurs affreux mystères. Les prêtres de l'ancien régime effrayoient les hommes par la terreur des enfers; les prêtres nouveaux effrayoient leurs concitoyens par la terreur des échafauds ; les prêtres de la monarchie dominoient sur la terre sous les auspices d'un envoyé du ciel, dont ils défiguroient les préceptes; les prêtres de Robespierre dominoient sous les auspices des envoyés de la Convention, dont ils surprenoient la confiance. Les prêtres que la révolution a détruits, dans leurs orgies mystérieuses, mangeoient le Dieu dont ils se disoient les ministres; les prêtres que la révolution a fait naître, dans leur fureur sanguinaire, dévoroient le peuple dont ils s'étoient déclarés les défenseurs.

Grâce au génie de la liberté, tous les préjugés sont détruits, toutes les idoles sont brisées, tous les scélérats sont rentrés dans la poussière ; leurs mains criminelles portent les fers dont ils chargèrent tant de fois l'innocence. Le peuple entier les accuse; la justice naturelle, la justice politique, la justice même révolutionnaire qu'ils ont si souvent invoquée, demande leur supplice.. Si les vœux du peuple indigné ne sont pas remplis, c'est vainement que la journée du 10 thermidor a fait luire sur la France l'aurore de la liberté ; c'est vainement qu'un représentant vertueux est venu réparer les maux dont ses prédécesseurs avoient désolé ce département. Vous le dirai-je, citoyens 1 j'ai entendu dans cette commune des hommes foibles parler des scélérats sans frémir d'indignation et d'horreur; j'ai vu des citoyens retenir leurs larmes et leurs sanglots sur la tombe des victimes de la liberté. Quel fatal génie a donc modérantisé la haine que les hommes vertueux ont

de tout temps vouée aux hommes criminels ? Citoyens, malheur à celui qui cesse de haïr le crime ; bientôt il cessera d'aimer la vertu...

Quel est l'homme dans ce département qui n'ait été témoin des forfaits commis par les scélérats ? Quelle est la famille qui n'ait pas fourni une victime à leur fureur ? Les mânes accusateurs de ceux qui sont morts comme Sidney pour la liberté, planent encore dans cette enceinte et vous demandent vengeance. Cette tribune retentit encore des réclamations sacrilèges des conspirateurs; ces murs semblent encore couverts des crêpes dont ils ont tant de fois voilé les droits du peuple. Les monstres, du fond de leurs cachots, désignent encore des victimes et méditent des assassinats; ils marquent votre place dans ce séjour du crime qu'ils habitent et sur Téchafaud qui les attend. Ils ont encore leurs émissaires parmi le peuple qu'ils ont tant de fois voulu tromper ; ces missionnaires de la calomnie répètent avec une douleur hypocrite : Quand les Désistes^ les Rollet étoient à la tête des administrations^ il ne vous manquoit rien; aujourd'hui qu'ils sont dans les fers la disette se fait sentir. Lâches imposteurs, vous répétez aujourd'hui ce que disoient les courtisans en 89, pour arrêter les premiers élans de l'énergie révolutionnaire : Lorsque vous avie^ un roi^ disoient-ils au peuple, vousavie:{ du pain; aujourd'hui que le peuple est souverain, vous n'en ave^ plus.

Les assassins du peuple avoient placé leur espoir dans les Jacobins qui furent toujours les défenseurs officieux du crime ; mais la Convention vient de frapper l'anarchie au cœur; les Jacobins ne sont plus. La dernière heure du crime a sonné; le peuple de Paris danse aujourd'hui sur les débris de cette société criminelle, comme il dansoit autrefois sur les débris de la Bastille

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