CHAPITRE II. 3l
tion après la décade, je te f sur le pot (i). »
Les narrateurs de la fête ont omis deux incidents. — Le premier se trouve consigné sur le registre de correspondance du district. L^agent national, RoUet-Marat, écrit au proconsul : « Hier, en célébrant la décade, les quatre canons ont crevé ; il seroit bien à propos que le District pût s'en procurer d'autres en échange contre ceux-là. » — Le second est relaté sur le registre municipal, séance du i^"^ ventôse : « Plusieurs membres ont représenté qu'hier il y eut des troubles à la salle des spectacles entre les deux pièces, que ces troubles ont été occasionnés par la désobéissance du citoyen Jouffroy, directeur, aux ordres que lui avoit donnés le citoyen Albant, maire. Sur quoi le Conseil général considérant qu'ils ne peuvent être imputés qu'au citoyen Jouffroy, que sa troupe n'y a pris aucune part, arrête que Jouffroy et sa femme seront tenus, à peine d'être incarcérés sur-lechamp, de sortir de cette commune dans les 48 heures. » Le directeur de la comédie s'empressa de réclamer contre cette décision; mais il
(i) Nous tenons ce détail de notre père, alors sous-lieutenant de hussards, attaché à l'état-major du général Lajolais.
Il nous a aussi raconté qu'Albant, offusqué de sa bonne mine de jeune officier de vingt ans, lui chercha un jour querelle sur le Bastion en le coudoyant à plusieurs reprises, et qu'ù la fin, perdant patience, il répondit à son agresseur en le précipitant du haut en bas du talus.
Le serrurier maire, tout puissant qu'il était, dévora son affront, et dina, sans mot dire, le lendemain, à la table du général patriote, à côté de son alde-de-camp.
eut la maladresse de se flatter dans sa pétition d'avoir fait déjà rapporter tous les arrêtés d'expulsion pris contre lui par la commune. Cette fois, Albant se fâcha tout rouge et, séance tenante (3 ventôse), il le fit traduire à la maison d'arrêt.
En ce temps néfaste, le souvenir des bienfaits s'effaçait vite. Le comte Douglas, dont nous avons rapporté les libéralités envers la commune de Montréal et envers la République fp. 120 du précédent volume), qui fut même complimenté à cette occasion par le Bulletin de la Convention nationale^ ne put échapper aux ordres d'Albitte. Il fut mis en arrestation à Montréal, et l'état de maladie dans lequel il se trouvait alors, ne modéra pas le zèle de l'agent national. Seulement, sur sa réquisition, le Conseil général du district décida, le 3o pluviôse, qu'il serait transféré dans sa maison de Nantua pour être à même d'user des médicaments qui lui étaient nécessaires, et qu'il y serait (c gardé à vue, à ses frais, par un pauvre Sans- Culotte. »
Les Sans-Culottes avaient toutes les faveurs du proconsul. Sous prétexte du voisinage de la frontière, il rendit aux gredins les armes que Gouly leur avait ôtées ; lisez son arrêté du 2 ventôse :