‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 55 sur 254 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

antérieures, les archives de la préfecture furent pillées ; plusieurs particuliers profitèrent du désordre pour enlever les pièces qui auroient pu constater la part qu'ils avoient prise au régime de la Terreur. La petite liasse que j'ai consultée n'est qu'un débris échappé à leurs recherches. Je n'ai aucun renseignement sur ce qui s'est passé dans les autres arrondissemens du département. Je n'ai retrouvé qu'une pièce, suite de celles de la démolition de mon château. La grande tour, trois petites tours, deux ailes du grand bâtiment, la moitié de la troisième furent démolies rez terre ; deux pavillons qui dépassoient de dix pieds le toit des basses-cours, furent rabaissés au niveau de ces dernières. Tous les voisins vinrent piller les matériaux ; cependant il y en eut de vendus. A. (Albant), le maire de Bourg, vint jurer après les habitans qu'ils n'alloient pas assez vite. Il enleva de la chapelle la toile du tableau de l'autel, tableau peint avec soin par M . Maupetit ; il la pendit à la queue de son cheval et la traîna dans Bourg comme un trophée.

Le château de Challes avec ses immenses grilles, ses écuries, la salle de spectacle, tout fut conservé. Cependant c'étoit là où le comte de Montrevel avec soixante chevaux et au moins autant de domestiques tenoit une espèce de cour. Pourquoi sa demeure fut-elle épargnée ? Le voici : La tête tourna aux révolutionnaires. Ayant massacré les principaux royalistes, confisqué ou séquestré les biens de tout le reste, ils se crurent propriétaires de leurs vols et déjà formèrent le projet de s'emparer des plus belles habitations et ils les ménagèrent avec cette intention. Ils eurent l'idée de niveler les conditions en forçant de faire épouser aux veuves et aux filles des proscrits leurs domestiques, ou d'en faire eux-mêmes leur proie. Le maire de Bourg eut l'impudence de dire à M'»« de Lateyssonnière

que si elle vouloit l'épouser, sa liberté lui seroit rendue. Cette proposition faite par le meurtrier de son père et de son cousin, donne une idée de la dépravation de ces bandits. Encore faut-il ajouter qu'A, étant marié, auroit dû se délivrer de sa femme par le divorce (i).

21 thermidor an III, les officiers municipaux de la commune de Marboz déclarèrent que les matériaux de la tour de Malaval appartenoient au peuple, et ils défendirent à l'agent du citoyen Levet, propriétaire de cette tour, de les vendre ou d'en user. Levet réclama, dit que cette tour n'étoit qu'une masure inhabitée , que l'arrêté d'Albitte étoit contraire aux lois, etc. Le Directoire du district de Bourg, considérant que la loi du 28 vendémiaire an II n'autorisoit pas la démolition des masures, n'enlevoit pas d'ailleurs aux propriétaires des châteaux démolis la disposition des matériaux, que l'arrêté d'Albitte étoit un attentat à la propriété, cassa la décision municipale de Marboz, et rendit au citoyen Levet les matériaux de sa tour.

Aux notes de M. de Lateyssonnière nous

allons ajouter quelques renseignements recueillis

cà et là.

Le pittoresque château de Rivoire (2), commune de Montagnat, bâti par Claude du Saix, fut démantelé. Il perdit ses principales tours, son jeu de paume, ses canons, ses ponts levis. L'agent national du district en pressa la démolition, le 23 plu-

(i) Le château princier de Challes, comme le magnifique château de Chandée que notre aïeul a décrit dans son Hht. de VAin far les monuments, fut détruit après la Révolution, mais toujours par suite de la Révolution.

(3) Voir le dessin donné en i838 par Y Album de l'Ain.

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