‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 56 sur 254 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

viôse, et envoya, le 24, les citoyens Bayet aîné, Pradel, entrepreneur, et Antoine Girondeau, maçon, pour Taccélérer, les autorisant à demander vingt-cinq déserteurs au général Lajollais pour renforcer les ouvriers (i). Quelques jours après, il annonça au représentant Albitte la mort de Girondeau, tué par un éclat de mine : « Dans la démolition du ci-devant château de Rivoire un maçon s'est tué, et il paroît que les charpentiers répugnent à y travailler. Je suis obligé de donner des réquisitions pour les forcer à le faire (2). » Le propriétaire du château, M. Duport de Revonnas cadet, ancien officier au régiment de Foix, quoique victime de ces dévastations, s'empressa d'offrir un secours de douze cents livres à la famille de Girondeau, dont 800 destinés au fils mineur et 400 à la veuve. La municipalité de Bourg fit « mention honorable » sur son registre « du procédé d'humanité et véritablement républicain du citoyen Duport (3). » M. de Revonnas dut faire cette concession pour ne pas compromettre le bénéfice d'un sacrifice plus important. Un jour, il avait été visité

dans sa prison par le terroriste F , qui lui avait

dit : <( Revonnas, tu as des propriétés au milieu des miennes à Revonnas (le petit Rivoire) -, con-

(i) Registre de l'agent national du district de Bourg.

(2) Registre de correspondance du district de Bourg, 3o pluviôse an II.

(3) Registre municipal de Bourg, séance du 4 ventôse an II.

8o SEIZIÈME ÉPOQUE.

sens à m^en signer la vente et je te fais élargir. » M. de Revonnas accepte la proposition, signe Pacte, et F le fait mettre en liberté (i).

Le 29 pluviôse an II, l'agent national du district de Bourg écrivit à la municipalité de Varambon : « Les officiers municipaux de Varambon sont tenus sous leur responsabilité de procéder sur le champ à la démolition du clocher, château, tours et tourelles, etc., existants dans leur commune, et à l'envoi au district des cloches, fers, plombs, cuivres, etc., conformément aux arrêtés du représentant du peuple Albitte ; les dits officiers municipaux rendront compte dans les trois jours de la démolition du clocher et dans les dix jours de celle du château (2). »

La mutilation du château de Pommier, commune de Saint-Martin-du-Mont, appartenant au

(i) M. de Revonnas était encore en prison le 4 prairial (Voir Ch. 11 de la XVII* Epoque), et F était lui-môme détenu à Paris depuis les premiers jours de floréal. Le traité en question se rapporte peut-être à un premier élargissement de M. de Revonnas. Quoi qu'il en soit, nous tenons cette anecdote de son petit-fils, M. Olivier Duport de Rivoire propriétaire actuel du château de ce nom. 11 nous a aussi conté que son père, âgé de dix ans alors, fut mis en apprentissage chez un vannier de la rue des Halles, nommé Drap, dont il n'eut pas à se plaindr^, et qu'il sauva ce vannier, au temps de la réaction, en le cachant dans une meule de foin.

Le fils du supplicié Varenne de Fenille fut aussi réduit à vivre chez une femme du peuple. Cette brave femme, nommée Grillet, le recueillit, le logea, le nourrit et pourvut à son entretien jusqu'à ce qu'il pût rentrer dans ses biens. (Voir la notice que nous avons consacrée à M. Charles Varenne de Fenille. p. 435 d^ nos Etudes sur les œuvres de son père.)

(2) Le château de Varambon a été restauré. Il est aujourd'hui habité par M. de Boissieu.

Page 1