‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 63 sur 254 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

commissaires nationaux (i). Ils publièrent, le 17 ventôse, le premier numéro d'une petite feuille qu'ils nommèrent : Je suis le cousin du père Du-

CHESNE, F ! Le sous-titre indique le contenu du

numéro : Le grand voyage du père Duchesne dafîs le district de Trévoux ; la grande colère que lui causent les châteaux^ les cloches et les clo' chers, et de voir dans les campagnes l'écharpe municipale profanée par des ci-devant nobles. La grande joie de voir les communes débarrasssées de calotins^ et que la raison est plus forte que tous les préjugés.

Cet écrit est, comme ses modèles, lardé de jurons et de mots grossiers, mais il n'a pas autant de sel et de verve; aussi ne le citerons-nous qu'avec des coupures :

On m'avoit dit qu'à Trévoux il y avoit dans la société populaire un bon nid de sans-culottes ; en approchant de cette commune mon cœur d'avance sautoit de joie et de

plaisir. S...é mille millions de tonnerre de b , ce n'est

plus de la joie, c'est une colère de chien qui me prend tout à coup, quand j'aperçois qu'au lieu d'être à Trévoux, je suis encore dans le pays des Dombes ! n.. d'un Dieu ! dans le pays où des mangeurs d'hommes, que l'on appeloit princes, ont fait si longtemps ravager les moissons parleurs armées et par leurs chiens de chasse. Que f t donc ces

(i) On se souvient qu'AIbitte, avant de partir pour Belley, les avait chargés de faire triompher le gouvernement rcvolutionnaire dans les dis- .tricts de Montluel et de Trévoux.

clochers, ces forteresses, ces tours qui dominent la Saône et font la grimace aux campagnes ? Est-ce que Ton n'a pas reçu ici les arrête's des Représentans du peuple? Nos braves frères ne veulent-ils pas comprendre que les tours, les forteresses, les châteaux forts, les créneaux, les mâchicoulis, les ponts-levis ne servent qu'à manigancer la guerre civile ? Voulez-vous vivre tranquilles et en bons citoyens, f....z donc à bas ces repaires à contre-révolution; et vos

cloches! vous êtesb ment bêtes, si vous ne comprenez

pas qu'en les laissant pendues au clocher, c'est autant d'oiseaux de. la mort qui vous cornent aux oreilles : le son des cloches étoit le signal des s... es calotins de la Vendée, quand ils vouloient rassembler les bêtes féroces que l'on appeloit royalistes, et les perroquets que l'on appeloit catholiques...

Les administrateurs que le représentant du peuple Albitte vient d'installer (i) vont réveiller les endormis, et

f sur le pot les aristocrates; les sociétés populaires ne

cesseront de faire sentinelle. Malheur aux brigands, aux traîtres et à tous les grugeurs de l'ancien régime qui voudroient encore museler le peuple pour l'écorcher sans qu'il puisse crier !...

Les pas de basque des anciens administrateurs me trottoient dans la tête. J'étois un peu triste qu'ils ne soient pas encore tous guillotinés. Mais la belle décade célébrée à Trévoux, le grand repas au pied de l'arbre de la liberté,

m'ont rendu toute ma gaieté; je dis : il y a ici des b s à

poil sur lesquels on peut compter, et je f..s le camp, avec mon camarade, dans les campagnes.

On m'avoit dit que presque toutes les municipalités avoient singé les Lyonnois.

(i) NousavonsvuauCh.lv précédent qu'Albitte irait à Trévoux 6 ventôse.

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