CHAPITRE VIII. l3l
mité de Salut public ; c'est, d'après le procès-verbal de la séance, une infraction qu'il improuva hautement, mais il ne les croit coupables que d'un excès de zèle. »
Quant aux inculpés, très convaincus de leur innocence et de leurs vertus civiques, ils écrivent de Tournus, le 2 floréal, la lettre suivante :
Frères et amis,
Nous marchons avec calme et même avec gaieté sur la route de Paris, impatients de nous rendre au Comité de salut public. C'est là où la calomnie disparoîtra devant la vérité. On peut opprimer les patriotes un instant, mais la justice et la probité qui sont à l'ordre du jour et qui régnent dans nos cœurs, nous sont un sûr garant que nous n'avons rien à craindre.
Nous nous reposons sur vos principes républicains pour rendre justice aux vrais sans-culottes.
Nous invitons nos femmes à être aussi gaies, aussi calmes que nous.
Vive la République !
Signé : Morel, Albant^ Desisles, Baux^ R^ff^t, Pellet et Bon (i).
Les frères et amis ne furent pas dupes de la sécurité apparente de ces personnages, car ils firent les démarches les plus pressantes, comme on va le voir, pour les tirer d'affaire.
L'adresse suivante fut d'abord signée à la Société populaire par cent soixante membres.
(i) Reg. de la Société populaire de Bourgs séance du 7 floréal an II.
l32 SEIZIÈME ÉPOQUE.
Bourg régénéré, ce 6 floréal, an II de la République une, indivisible et démocratique.
La Société républicaine de Bourg régénéré à la Convention nationale.
Citoyens Représentans,
Nos frères, nos amis, de vrais sans-culottes de cette commune, c'est-à-dire tous les membres composant la municipalité, viennent d'être appelés à Paris par un arrêté du Comité de salut public ; ils ont obéi en républicains qui connoissent le respect dû à la loi (i).
Mais, nous n'en doutons pas, la malveillance et Tintrigue de l'aristocratie expirante ont donné lieu à l'arrêté qui nous prive pendant quelques momens de membres aussi précieux, dont le courage et le zèle infatigable pour la chose publique se sont toujours parfaitement alliés avec les vertus qu'exige la République de ses véritables enfans.
Nos braves frères sont de francs sans-culottes, qui n'ont sûrement pas commis des délits envers la patrie ; leur civisme et leurs travaux patriotiques sont trop généralement connus pour qu'on osât les dénoncer sous ce rapport ; mais la calomnie, mais les intrigues du fédéralisme, du royalisme et de l'aristocratie de tous genres peuvent les atteindre. Et comment s'en seroient-ils garantis, eux qui ont développé toute l'énergie patriotique pour déjouer les aristocrates, les égoïstes et les modérés ?
Nous ne connoissons pas les inculpations dirigées contre eux ; mais nous attestons en grande connoissance de
(i) On ne comptait guère sur leur obéissance, car ils furent arrêtés chez eux pendant la nuit; renseignement fourni par M. Badon à la suite de sa liste des détenus des Claristes.