CHAPITRE VIII. iSy
général, du 4 floréal, que lui et ses pareils étaient poursuivis par les huées jusque dans la Société populaire :
Citoyen Général,
Je te préviens que , mécontent de la conduite des hussards qui sont sous ton commandement et eu égard au respect ordonné par la loi aux autorités constituées, tu voudras bien inviter ce détachement d'être à l'avenir plus circonspect, et ordonner au nom de la loi que certains d'entre eux soient réprimandés pour avoir menacé, injurié soit dans la dernière séance de la Société , soit en public , ledit agent comme agent national ; ce dernier, dans le cas contraire, se réserve de porter plainte au ministre de la guerre et au Comité de salut public à l'égard des coupables , à lui inconnus. Mais si tu as assisté à la séance , tu dois les connoître. J'espère que tu préviendras par la suite de pareils abus ou délits (i).
L'indignation publique avait été surexcitée, le 4 floréal, par la condamnation à mort d'un prêtre réfractaire sur lequel on trouvera une petite notice à la fin de ce chapitre.
Les plaintes, qui avaient amené la disgrâce des officiers municipaux de Bourg et de Belley, délivrèrent aussi notre pays du proconsulat d'Albitte. Les habitants de Belley, qui nous ont raconté
(i) Correspondance du directoire du district de Bourg régénéré, p. i32. — Arch. de l'Ain.
l38 SEIZIEME EPOQUE.
Tarrivée de ce personnage, vont maintenant nous dire la fin de sa mission :
Bientôt Bonnet devient agent national du district de Belley, par la démission combinée de Baron-Challier^ et réunit ainsi contre ses concitoyens tous les moyens de vexations et de vengeances. Ingénieux à tourmenter, chaque jour il commet de nouvelles violences , de nouveaux outrages ; les prisons sont envahies de nuit par les satellites armés du nouvel agent ; on enlève tout aux détenus ; on annonce à plusieurs que c'est leur dernière heure, qu'ils n'ont plus besoin de rien ; on fait tout pour les forcer à la révolte, et c'est toujours de l'autorité du représentant dont on colore ces actes de tyrannie. Si quelques détenus sont mis en liberté, une forte amende en est toujours le prix, et le considérant des arrêtés libérateurs, motivé sur la nécessité prétendue de séparer les hommes qu'on appelle égarés de ceux qu'on veut faire regarder comme coupables de quelques crimes, présente évidemment l'explication de la lettre du 1 1 pluviôse écrite au maire Pache par le moderne proconsul (i).
Le régime le plus affreux s'introduit bientôt dans l'administration , et l'inquisition la plus odieuse dans le sein des familles. Les biens des détenus sont dilapidés ; ils doivent subvenir aux entreprises publiques que Bonnet propose ; ils doivent indemniser les commissions que cet agent répand dans toutes les communes pour y vivifier
(i) Albitte, en se félicitant d'avoir miç en prison ceux que Gouly en avait tirés et ceux auxquels il avait confié des fonctions publiques, écrivait à Pache :
« Le modérantisme et le fanatisme régnoient à mon arrivée; ils commencent à chanceler. Je t'envoye quelques-uns de mes arrêtés; tu verras si mes moyens sont bons. J'espère que ça ira, malgré les modérantistes qui ont brillé un peu à Paris et qui dévoient nécessairement tomber. »