CHAPITRE VIII. iSg
son esprit public, c'est-à-dire pour démoraliser. Les alimens qu'on apporte aux détenus sont pillés à l'entrée de la maison et dévorés par le comité révolutionnaire dans une taverne voisine ; la vieillesse, l'infirmité, la maladie ne sont pas même respectées. Les citoyens ne peuvent plus s'approvisionner dans les marchés qu'au refus des nouveaux fonctionnaires; ceux-ci ne vivent que de pillage et de réquisitions.
Albitte sait tout, approuve tout, et rit de la gloutonnerie des crocodiles qu'il nous a donnés pour maîtres. Toujours inaccessible à l'innocence, il traite de contre-révolutionnaires ceux qui vont jusqu'à lui réclamer la délivrance des patriotes. Les commissaires des sociétés ne reçoivent pas un meilleur accueil ; il faut qu'ils adhèrent à la dénonciation contre Gouly pour être écoutés. Le système le plus atroce s'organise sous ses yeux ; il faut être cruel, selon lui, pour être à la hauteur de la révolution. Le terrorisme écrase tout, absorbe tout. Vingt-cinq déserteurs Autrichiens sont appelés par Bonnet pour seconder ses vengeances révolutionnaires; ils sont en route ; mais des circonstances impérieuses le forcent de les contremander. La vertu n'a-t-elle donc plus de voix } Toute énergie est-elle donc éteinte dans l'âme des répubHcains?
Non ; les accens de l'innocence se font entendre encore dans le sanctuaire des lois, malgré les efforts du crime pour en obstruer les avenues, malgré les efforts d'Albitte pour exciter les défiances de la Convention, des Jacobins et de la commune de Paris, lorsqu'il traite de muscadines les mères et épouses infortunées qui vont y porter leurs plaintes ; tous ces efforts sont impuissans contre l'organe touchant de la vérité. Albitte est rappelé; mais l'intrigue qui épie sans cesse, influe encore sur le choix de son successeur.
C'est dans le sein de Commune-Affranchie que le dépar-
te ment de l'Ain va trouver encore un nouveau maître, vanté d'abord comme un homme juste, mais dont la conduite ambiguë et les tortueuses lenteurs nous apprirent bientôt que nous n'avions fait que changer de tyran (i).
Avant de parler de Méaulle, successeur d'Albitte, consacrons quelques lignes à trois prêtres martyrs de la révolution, deux de Pont-de-Veyle et le troisième de Ceyzérieu.
Les deux de Pont-de-Veyle, quoique d'âges différents, — l'un était né le 28 mai 1741 et Tautre le 25 juin 1760, — s'étaient étroitement liés par communauté d'origine et plus encore par communauté de convictions religieuses.
Le plus âgé, Thomas CJianorier^ curé de Villeneuve-en-Dombes, avait combattu énergiquement rhérésie des frères Bonjour (2), et en avait préservé sa paroisse et celles du voisinage. Lors du schisme amené par la constitution civile du clergé, il resta inébranlablement attaché au giron de l'Église, et continua Texercice du culte orthodoxe jusqu'à la dernière extrémité.
Le plus jeune, Pierre Bertrand, curé de Domm.artin-de-Larenay-en- Bresse, refusa aussi le serment, et continua, comme son ami, à prémunir
(i) Les Citoyens de la commune de Belley, réunis en société populaire, à la Convention nationale, etc., p. i5 ; adresse déjà citée. (2) Voir nos Curiosités historiques de l'Ain, t. H, p. 721.