CHAPITRE VIII
ses paroissiens contre les doctrines du prêtre assermenté qui lui succéda.
Tous deux cependant, après le décret du 26 août 1792, prononçant la déportation des prêtres insermentés, ils furent obligés de se séparer de leurs paroissiens.
Thomas Chanorier se retira quelque temps à Mâcon, chez des parents, avec une de ses sœurs, religieuse carmélite. Puis, n'étant plus en sûreté dans cette ville, il se rendit avec sa sœur carmélite à Pont-de-Veyle. Mais là, comme à Villeneuve et à Mâcon, son zèle l'exposa aux poursuites des révolutionnaires. Ne pouvant donc plus exercer le saint ministère, même en cachette, il prit le parti de s'expatrier, et se réfugia en Suisse, où il vécut avec sa sœur et trois autres religieuses carméhtes.
Pierre Bertrand était parti pour l'Italie. Après dix-huit mois passés tant à Rome qu'à Naples, trompé par de faux renseignements, il crut pouvoir rentrer en France et y reprendre en paix son ministère. Son illusion ne fut pas de longue durée. A peine avait-il séjourné quelques semaines dans sa famille à Pont-de-Veyle , qu'il dut reprendre le chemin de l'exil. Il franchit la frontière, en échappant heureusement à la surveillance rigoureuse de la police, et retrouva en Suisse son ami Chanorier. Mais la Suisse elle-même n'offrait pas toute
la sécurité désirable. Bertrand fit part de ses inquiétudes à sa famille. Son frère alors lui conseilla d^aller en Portugal où ils avaient des parents dans le commerce, lui affirmant qu'il y serait bien reçu et qu'il y trouverait la paix. Cette idée fut accueillie avec empressement par la petite colonie.
Les deux saints prêtres et les quatre religieuses carmélites, dit Mgr Depery, passèrent à Oneille, ville dépendante du roi de Sardaigne , mais qui venait de tomber au pouvoir des Français ; ils payèrent d'avance leurs places sur un vaisseau qui devait les transporter en Portugal. A quelques lieues en mer, ayant été reconnus pour être prêtres, Chanorier et Bertrand furent ramenés à Oneille, et, sur le refus qu'ils firent de livrer leurs lettres de prêtrise, ils furent condamnés à être fusillés. Le jugement devait être exécuté le lendemain. Les deux martyrs passèrent la nuit en prières, se confessèrent et s'encouragèrent mutuellement à subir la mort avec courage. En allant au supplice, ils chantaient des cantiques et bénissaient le peuple. Arrivés sur le lieu de l'exécution, ils distribuèrent une partie de leurs vêtements, leurs montres et leurs boucles de souliers aux soldats commandés pour les exécuter, leur adressèrent une courte allocution pleine de charité , et se donnèrent l'absolution ; ils s'embrassaient quand une fusillade nombreuse les frappa dans les bras l'un de l'autre (mai 1794).
Les quatre religieuses , condamnées à être guillotinées , ne partagèrent pas le sort des martyrs Chanorier et Bertrand ; un juge ne voulut pas signer leur sentence de mort sous prétexte qu'il n'y avait pas de guillotine à Oneille.