‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 89 sur 254 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Elles furent conduites dans les prisons de Nice. Robespierre le jeune, trop fidèle imitateur de son frère, était alors à l'armée d'Italie. « Il auroit bien voulu, dit une de ces religieuses, dans une lettre écrite à son frère, il auroit bien voulu nous envoyer en paradis. » Mais étant retourné à Paris, il partagea le sort du monstre qui dévorait la France. Le calme se rétablit un peu et les quatre religieuses furent mises en liberté (i).

Le troisième martyr, Marin Rey, intéressa plus vivement la population burgienne, parce qu'elle fut témoin de son supplice et aussi parce que sa condamnation fut prononcée pour un fait d'émigration fort contestable.

L'abbé Marin Rey, né à Ceyzérieu, vicaire à Gressin, n'ayant prêté qu'avec restriction le serment exigé par la Constitution civile du clergé, avait été obligé de revenir dans sa commune rurale. De là il donnait encore ses conseils spirituels à ses paroissiens, et il était parvenu à échapper aux recherches des persécuteurs jusqu'au mois de septembre 1792. A cette époque, il chercha un asile à Chanaz, en Savoie, à peu de distance de Ceyzérieu, précédant de trois jours l'occupation française. Quelques mois après, il revint à Ceyzérieu (1^^ mars 1793), et y vécut caché jusqu'au 20 novembre suivant. Ce jour-là il fut arrêté, conduit à Belley et transféré à Bourg. Le Directoire du dé-

(1) Hist. hagiologique du diocèse de Belley, t. II, p. 372 et 386.

partement, appelé à se prononcer sur le fait d^ émigration, décida que Marin Rey serait maintenu sur le tableau des émigrés, attendu qu'il s'était réfugié en Savoie deux mois avant la réunion officielle de ce pays à la France. Sur cette décision, dictée par une interprétation barbare de la loi, le tribunal criminel de Bourg prononça la peine de mort, le 4 floréal an II, contre le malheureux prêtre, et sa tête tomba le lendemain, 24 avril 1794. h^ Histoire hagiologique du diocèse de Belley raconte comme il suit ses derniers moments :

Rey ayant dans sa prison d'autres prêtres avec lui put se confesser et communier à une heure après minuit, le jour où il devait être guillotiné; le reste de la nuit, jusqu'au moment où les bourreaux vinrent s'emparer de sa personne, fut employé à se préparer à la mort. Arrivé sur l'échafaud, il adressa la parole à la multitude avec une force extraordinaire, et en peu de phrases, il fit connaître la cause de sa mort... Ce petit discours fît une grande impression sur la multitude qui se retira consternée au moment où la tête du saint prêtre roulait sur l'échafaud. Plusieurs chrétiens, fidèles témoins oculaires de cette exécution, vinrent plonger des mouchoirs dans le sang du martyr, dont la résignation et la foi leur avaient inspiré une si haute vénération (i).

(i) Hist. hag. du diocèse de Belley, t. II, p. 426.

j DU 2 MAI AU 7 AOUT 1794 Mission de MéauUe.

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