‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 91 sur 254 · CHAPITRE PREMIER. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. I

crates, dit encore Méaulle, qu'il est venu, mais pour les terrasser.

L'ami d'Albitte ne pouvait parler autrement. Comme Albitte, il avait voté la mort de Louis XVI; comme Albitte, il avait servi la colère de la Convention contre les Lyonnais. Les opprimés de l'Ain n'avaient rien à espérer de ce personnage. Ses actes, en effet, répondirent à ses principes, et les habitants de Belley ne le jugèrent pas trop sévèrement dans leur plainte à la Convention.

Méaulle arrive, dirent-ils, et les mêmes hommes s'emparent de lui. Quelques-uns des principaux factieux venaient d'être mandés au Comité de salut public; mais leurs sectaires s'agitent, et le nouveau représentant les étaye de son autorité pour soustraire les monstres aux justes poursuites de la loi ; ils se rassurent les uns les autres sous l'abri de cette nouvelle protection. « Le début de Méaulle est de bon augure, » écrit Garnier à son camarade Charcot ; et il en donne pour preuve une lettre de ce représentant , dans laquelle il se dit « envoyé dans le département de l'Ain pour y connaître l'esprit public, y terrasser les restes de l'aristocratie, y assurer la confiance des patriotes, etc., etc., etc.; » langage imposteur et énigmatique qui n'était intelligible que pour cette secte impie. « Il est d'ailleurs très lié avec Albitte , ajoute Garnier. Albitte lui a envoyé Barrasse son secrétaire, pour conférer avec lui, probablement sur les mesures qu'il doit prendre dans ce département. »

Baron-Challier , dans sa correspondance avec l'émigré

Masse, tient sur Méaulle et la certitude qu'il a de sa protection, un langage plus positif encore. « Me'aulle va bien, dit-il, et, en bon sans-culotte, il mettra les intrigans de Bourg à la raison ; il y en a, et plus d'un. Il y a du trouble à la société populaire ; mais Méaulle le fera cesser en la réorganisant. Je suis membre du noyau épurateur, avec des personnes qui pensent comme moi (i); secondé par mes collègues, je fais mes efforts pour qu'on n'admette dans le sein de la Société que des patriotes éprouvés en civisme, en bonnes mœurs et en probité. »

C'est de la probité de Robespierre, dont parle ici Baron. Hébert venait de périr sur l'échafaud, et il fallait adopter le langage du jour. « Merle a écrit de Paris, ajoute Baron; il a donné de bonnes nouvelles des patriotes de Bourg et de Belley (c'est-à-dire des scélérats mandés par le Comité de salut public) ; ça ira. A leur retour, nous danserons la carmagnole. Bourg est fort tranquille , ajoute-t-il encore, malgré la rage aristocratique qui perd son temps auprès du juste mais sévère Méaulle, qui est un vrai sans-culotte vertueux. » Parlant ensuite de ce qu'il a fait auprès de Méaulle pour le canton de Ceysérieu, le monstre ne craint pas de désigner trois citoyens de ce canton par lettres initiales P Dum et Bel , de dire que ce sont des

coquins et d'assurer à Masse que tout cela périra.

Tels sont les affreux projets qui se méditent encore en présence et sous les auspices de l'inactif Méaulle. Les Sociétés populaires de Seyssel, de Champagne, d'Hauteville, entreprennent de déchirer le voile qui couvre tant d'atroci-

(i) Les douze membres du noyau épurateur étaient: Gay, C ,

Brun, perruquier, Ducret, serrurier, le papa Vitton, Maret-Ychard, notable, Budin, notable, Rolland, notable, Cocon, chapelier, Thévenin père, Baron, administrateur du département, Giriat, chef de bataillon de la garde nationale. (Registre de correspondance de la commune de Bourg.)

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