CHAPITRE PREMIER. I
tés ; MéauUe frappe par des mandats d'arrêt les citoyens qu'elles ont choisis pour être leur organe ; il les poursuit jusque dans la capitale. L'un d'eux y est arrêté, dépouillé de toutes les sommes qu'il avait en son pouvoir, et ramené à pied comme un vil criminel, par un trajet de cent trente lieues, mourant de faim, et obligé de mendier sa subsistance. Un autre , relevé du mandat d'arrêt par le Comité de salut public, est frappé de nouveau à son retour ; il s'échappe, il se dérobe aux poursuites des assassins ; aussitôt son signalement est imprimé, répandu avec profusion, et dans plusieurs tribunes on le proclame hors de la loi.
Dans toutes les communes du district de Belley on répand des modèles imprimés de certificats à accorder aux factieux, que la justice nationale venait d'atteindre ; deux prêtres rédigent les mémoires justificatifs qu'il n'est permis à personne de contredire ; les citoyens qui ont eu le courage d'élever la voix sont traînés de cachots en cachots, couverts de chaînes, tenus au secret le plus rigoureux. L'intrigue triomphe enfin, et les égorgeurs rentrent dans le sein de cette commune, couverts de lauriers qui bientôt devaient être teints du sang de leurs concitoyens (i).
Déjà une armée révolutionnaire, sous le nom des Trois cents bons bougres est appelée à Bourg pour réprimer une prétendue rébellion; des bruits d'égorgement se répandent de toutes parts. Le voyageur se détourne pour éviter le
(i) Les factieux avaient effectivement raison de s'applaudir de la venue de Méaulle dans le département de l'Ain, car il s'est montré leur défenseur, et l'on ne doute pas même qu'il n'ait contribué à leur mise en liberté par le Comité de Salut public. Ce qui le confirme, c'est qu'il connaissait leur élargissement avant même qu'il fût prononcé, qu'il ne parlait d'eux que comme des^seuls patriotes du département; et, fidèle à cette manière de voir, il les a accueillis à leur arrivée, a protégé leurs créatures et leur a fait donner des gratifications de 7 ou 800 livres. — Depuis quand la fortune publique est-elle à la disposition des représentans pour en gratifier les coquins ? {Note des habitants de Belley.)
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département de l'Ain qu'il croit devoir être un théâtre de désolations; mais la journée du neuf thermidor vient confondre tous les projets du crime (i).
Cet aperçu de la mission de Méaulle ne nous dispensera pas de produire d^autres documents sur la période qu'elle embrasse.
Méaulle, en arrivant à Bourg, retient deux jours auprès de lui les acolj^tes d'Albitte, Dorfeuille et Millet, pour marcher plus sûrement sur les tra-ces de son devancier. Dorfeuille, toujours habile, profite des deux soirs qui lui restent pour provoquer, de la part de la Société populaire, une adresse en sa faveur, car il était dénoncé pour avoir mal parlé de Robespierre. A la séance du 14 floréal, après « un discours brûlant de patriotisme sur la vertu et la probité, » encouragé par les applaudissements, il reprend la parole et dit : « Citoyens, je suis accusé dans une lettre signée Gauthier-Murnand d'avoir dit, à mon retour de Paris, dans une de vos séances de ventôse dernier, qu'il sVlevoit dans le sein de la Convention un parti contre-révolutionnaire dont Robespierre est le chef, qu'il vouloit faire périr les Sans-Culottes. Je demande à la Société si jamais j'ai tenu
(i) Les Citoyens de la commune de Belley, réunis en société populaire, à la Convention nationale, etc., p. 17: adresse déjà citée.