‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 10 sur 291 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

la mort, soustrait à son jugement, son cadavre soit porté sur une charrette et exposé au lieu du supplice. » Et le tribunal de la barbarie et de l'iniquité envoya ce cadavre au supplice.

En rentrant à la Conciergerie, les autres Girondins entonnèrent en chœur les quatre premiers vers de la Marseillaise avec une variante appropriée à leur situation :

Allons, enfants de la patrie, Le jour de gloire est arrivé, Contre nous de la tyrannie Le couteau sanglant est levé.

Dans la nuit du 3o au 3i qui précéda le jour de Pexécution, les condamnés se réunirent dans un dernier banquet pour confondre leurs pensées suprêmes. Sur le seuil de l'éternité, ils se demandèrent, dit-on, à l'exemple de Socrate, ce qu'il y avait après la vie présente et quel sort les attendait. Les plus éminents, Vergniaud, Gensonné, Fonfrède, croyaient à Timmortalité de Tâme; mais cette croyance ne s'appuyait que « sur les tiéories vagues du déisme philosophique et n'était propre à leur inspirer ni d'utiles repentirs ni de légitimes espérances, w L'abbé Fauchet, toutefois, sembla revenir de ses erreurs et offrit à ses compagnons les secours de son ministère. Un seul d'entre eux accepta les consolations chrétiennes. Les

autres marchèrent à la mort en chantant des hymnes républicains.

Charles Nodier, dans Le dernier banquet des Girondins^ a idéalisé cette nuit solennelle. Il a mis en scène les divers condamnés après avoir décrit leur caractère, et les a fait converser selon leurs habitudes oratoires.

A Carra il a prêté un langage pédantesque en rapport avec le portrait qu'il fait de ce personnage :

Celui-ci, dit-il, étoit de tout le parti de la Gironde l'homme qui inspiroit le moins d'intérêt. Cinquante années aventureuses passées à travers l'Europe dans des professions occultes et même suspectes, s'il falloit en croire les chroniques diffamatoires de la basse littérature; une réputation au moins obscurcie par des préventions qui n'avoient jamais été entièrement justifiées, mais qui n'avoient jamais été entièrement détruites ; un genre d'instruction peu national qui ne se composoit que de notions hétéroclites sur les subtilités de la physique ou sur les vaines hypothèses de l'étymologie ; une conversation diffuse et indigeste où se confondoient les opinions les plus disparates, les propositions les plus téméraires, les paradoxes les plus effrénés, dans un chaos d'hyperboles effrayantes d'exagération et de mensonge ; la violence enfin de ses doctrines politiques qui ne paroissoient se modérer que depuis le procès du roi, tout se réunissoit pour mal disposer en sa faveur le grand nombre des esprits raisonnables; et cependant, onconvenoit assez généralement dans le cercle étroit de ses habitudes familières, où il étoit

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