‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 11 sur 291 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mieux connu et devoit être mieux apprécié, qu'il y avoit de la bonne foi dans son charlatanisme et de la candeur dans sa folie (i).

Les portraits des autres Girondins sont plus flattés. Nodier avoue dans sa préface qu'ils étaient « les grandes figures de son enfance », et qu'il leur devait « les premières émotions, les premiers sentiments qui fussent éclos dans son cœur, la sympathie, Tadmiration, P enthousiasme. »

Bertrand de Moleville, qui a parlé d'eux en historien et non en littérateur, apprécie leur fin tragique de la manière suivante :

Le massacre de ces députés de la Convention est un exemple terrible pour ceux qui seroient tentés de se jeter dans une révolution, avec l'espoir de s'y sauver. Ilsavoient contribué à la chute du trône, et ils se trouvèrent ensevelis sous ses débris. Ils avoient démoralisé la nation ; ils avoient renversé tous les principes qui pouvoient les défendre; il ne leur resta aucun appui lorsqu'ils furent attaqués; ils avoient banni la justice du gouvernement, et la justice fut vainement invoquée par eux ; la plupart de ces proscrits avoient donné le signal des proscriptions, avoient insulté à la vertu malheureuse ; et lorsqu'ils reconnurent leurs fautes, ils furent immolés par leurs complices; et, ce qui acheva de corrompre l'esprit public, c'est qu'ils ne furent pas punis pour le mal qu'ils avoient fait, mais pour le bien qu'ils vouloient faire (2).

(i) Souvenirs de la Révolution et de l'Empire, par Charles Nodier « édition, 1. 1, p. 194.

(2) Hist. de la Rév. de France, t. xn, p. 169.

l6 TREIZIÈME ÉPOQUE.

Un auteur a mis au nombre des erreurs historiques (i) la tradition du dernier banquet des Girondins. Tout au plus devait-il en élaguer les broderies de Lamartine et de Nodier qui ne trompent personne. Sa négation complète ne repose que sur trois lignes de Riouffe mal interprétées :

Toute cette nuit affreuse retentit de leurs chants ; s'ils les interrompaient, c'était pour s'entretenir de leur patrie et quelquefois aussi pour une saillie de Ducos.

Ces trois lignes, il est vrai, ne font pas mention d'un repas pris en commun. On ne trouve pas non plus le mot de repas dans les lignes suivantes empruntées à un grave historien du temps :

Des hommes dignes de foi m'ont assuré aussi que Brissot et la plus grande partie des quarante-deux, la nuit qui précéda leur supplice, s'enivrèrent avec des liqueurs, au lieu de raisonner avec calme, comme le maître de Platon, sur l'immortalité de l'âme ou de mettre l'Etre suprême entre leur conscience et les provocateurs odieux de leur supplice. C'est avec regret que ma plume franche et impartiale transmet une pareille anecdote à l'histoire (2) .

Mais du rapprochement de ces deux citations ne ressort-il pas clairement que les Girondins passèrent la deuxième nuit de leur existence inter pocula^ en alternant les chants et les entretiens

(i) Erreurs et mensonges historiques, par M. Ch. Barthélémy, V« série, V« édition, p. 161.

(2) Bertrand de Mole ville, t. xii, p. 169.

Page 1