‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 102 sur 291 · CHAPITRE PREMIER. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. l

Imprimé du 28 Jloréal an III. — Javogues, qui en vouloit autant à la bourse qu'à la vie des bons citoyens, divisa son armée révolutionnaire en plusieurs bandes, et leur commanda de traiter notre commune en ville prise d'assaut : à l'instant les maisons sont investies ; les brigands armés, conduits par dautres brigands en écharpes, y entrèrent les mains ouvertes et au pas de charge. Ils y enlevèrent sans poids ni mesure tout ce qu'ils purent découvrir ; numéraire, argenterie, bijoux, sucre, café, savon, livres, cristaux, estampes, armes et comestibles, rien n'échappa à leur piraterie. Javogues qui avoit donné les mots d'ordre, reçut des mains de ces voleurs armés une grosse masse d'argenterie et de numéraire sans procès-verbaux, sans peser et sans aucun calcul : il eut ensuite l'effronterie d'annoncer à la Convention cette extorsion comme une grande victoire remportée sur les ennemis de la République (i).

A ces divers témoignages nous pourrions joindre celui d'Albant ; on le trouvera au ch. vi de la XVIIP époque (5^ volume). Albant avoue qu'il présida au.x visites domiciliaires.

Le pillage continua le 2 1 frimaire, ce dont fait foi un arrêté de Gouly que nous citerons tout à rheure.

Tandis que la ville était, comme la veille, livrée aux mandrins de Javogues, tandis qu'elle était toute agitée, toute bouleversée, un administrateur du département, le citoyen Re3-dellet, proposait

{i) Dénonciatian des citoyens de la commune de Bourg contre Amar, Javogues, Albitte et Méaulle. 18 p. in-8. — Ph. L.D. Ceue pièce est signée par 38o citoyens.

tranquillement aux maire et officiers municipaux un ingénieux moyen de mettre la main sur les créances de son confrère André (i) qui était en fuite.

Le scélérat André, leur écrivit-il, est en fuite; ses biens doivent être séquestrés, mais les infâmes trouvent toutes les ressources pour éviter le séquestre ; les prête-noms ne manquent même pas.

En qualité d'avoué, André a des recouvrements à faire. Eh bien, le nommé Benoit, de Montluel, se prétend acquéreur des patrocines, et c'est en son nom que Rousset, cy-devant avoué, en fait la rentrée.

Il importe, frères et amis, d'empêcher cette manoeuvre et de séquestrer les patrocines entre les mains de Rousset, qui sera tenu de rendre compte des recouvremens faits et à faire pour le compte de la nation. Prenez des mesures promptes et efficaces.

Salut et fraternité.

Reydellet (2).

Cette préoccupation vindicative à Tégard d'un confrère, pendant les horreurs du pillage, nous a paru digne d'être rapportée comme un échantillon de la fraternité républicaine.

Le même jour, 21 frimaire, Javogues se rendit à la société des Sans-Gulottes et prononça ce fameux discours, plein de haine et de sang, qui

(i) Tous deux étaient avoués, André avait écliajipé par la fuite au comité central de surveillance (voir ch. II de la XIII* Epoque). (2) Copie authentique. — Ci« D.

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