‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 103 sur 291 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

devait disposer les esprits à la formation d'une commission populaire, c'est-à-dire d'un tribunal prompt à juger les détenus. Voici ce discours ; nous l'abrégeons par quelques coupures et nous soulignons les passages les plus atroces, mais nous ne soulignerons pas les absurdités que le proconsul prête aux fédéralistes, aux aristocrates et aux propriétaires, nous aurions trop à faire :

Frères et amis,

Les administrations du département de l'Ain ne se sont servies de la confiance que le peuple leur avoit donnée, que pour le trahir, pour le faire passer par les fléaux de la guerre civile et anéantir la liberté et l'égalité. Oui, Sans- Culottes, sondez la profondeur de l'abyme où des mandataires parjures vouloient vous entraîner, réfléchissez sur le vaste plan de conjuration qui avoit été ourdi dans votre département, de concert avec les rebelles de Lyon et le département du Jura, pour vous ramener a l'esclavage, et rétablir, sous le nom imposant de fédéralisme, de respect des propriétés et sûreté des personnes, l'exécrable domination de la royauté....

Quels précipices ces mauvaises administrations ont creusés au peuple ! Dans quel égarement elles l'ont plongé !... D'où provenoient ces torches de discorde qui étoient sur le point d'embraser la France ? Du ramassis le plus impur et de Técume la plus sale de la société. Des fédéralistes gangrenés avoient fait recrue, pour assurer le succès de leurs complots liberticides, de toutes classes qui, regrettant les anciens abus, voulaient ressusciter le régime de la tyrannie, prêtres, ci-devant nobles, procureurs, avo"

cats, usuriers, accapareurs, gros marchands, financier?, en un mot, tous les grugeurs de l'espèce humaine. Voilà quels étoient les dignes satellites des autorite's constituées qui s'étoient coalisées pour dissoudre la Convention nationale et détruire la République : et le peuple de ce département, au lieu de s'élever avec force contre cette monstruosité, adoroit la verge qui le frappoit...

Citoyens, les plus grands crimes ont été commis dans le département de l'Ain par des administrateurs perfides qui avoient séduit et égaré le peuple. Il a été levé une force départementale dans cette commune, pour se réunir au département du Jura ; le projet étoit formé de massacrer les patriotes, d'anéantir Paris et de tenir une assemblée à Bourges, où se seroient réunis les Brissotins, les Rolandins et les plus implacables ennemis du peuple.

Tous ceux qui avoient voulu fortement le bonheur du peuple, qui étoient marquans dans la carrière de la Révolution, qu'on désignoit sous le nom de maratistes, auroient été immolés sous le couteau des fanatiques, des contrerévolutionnaires, des royalistes. Les trophées de la victoire auroient été élevés aux seigneurs, aux nobles, aux évêques, à la sainte pratique, aux fripons de négocians en gros et en détail, et à tous ceux qu'on appeloit « messieurs les honnêtes gens,... »

Sans-Culottes, avez-vous bien calculé la rage de l'aristocratie par les efforts impuissans qu'elle a faits ? N'avezvous pas vu, comme un et un font deux, que dans l'espoir de faire un autodafé des républicains, les malveillans, lorsqu'ils avoient la force, ne s'en sont servis que pour réduire le peuple à la misère ?...

Des malheureux qui n'ont jamais calculé que sur les calamités publiques, qui ne se sont jamais engraissés que de la sueur du peuple, qui par leur molle oisiveté et les

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