CHAPITRE PREMIER
jouissances infâmes qu'ils se procuroient avec de l'or, i insultoient au travail opiniâtre de l'artisan, le vouoient à l'ignominie et le faisoient servir d'instrument à leurs [ caprices, invoquoient avec emphase le respect des propriéte's, eux qui l'ont violé tous les jours vis-à-vis du peuple, qui ont cherché à lui ravir le plus précieux des biens, la liberté.
Qu'ils sachent ces vils égoïstes, ces vils satellites des despotes, qu'il n'y a de propriété que les individus de la société : que là où la plus grande partie de cette société souffre, elle ne doit voir dans les prétendus propriétaires, que d'exécrables usurpateurs^ que de cruels vautours qu'il faut retrancher du sol de la liberté.... I L'énergie et la valeur des républicains ont triomphé de t tous les cannibales qui avoient juré leur perte ; le peuple s'est ressaisi de tous les droits que l'ignorance ou la séduction vouloit lui arracher. Le peuple est souverain ; sa dignité a été méconnue, il lui faut une justice éclatante ; il faut que les traîtres expient leurs forfaits sur la place même où ils ont fait le serment impie d'exterminer tous les patriotes à qui ils donnoient la dénomination de maratistes; il faut que cette place, d'où ils sont sortis pour porter les armes contre leur patrie, et pour aller soutenir les rebelles des autres départemens, soit le tombeau de leurs crimes...
Rappelez-vous de ce grand principe, que là où est établi le gouvernement démocratique, le peuple doit exister seul, et que l'édifice de la prospérité publique ne sera consolidé que sur la destruction et le cadavre du dernier des HONNÊTES GENS. Plus de transactions avec la révolution;... plus de pusillanimité; justice, impartialité : voilà la conduite des républicains ; humanité, bienfaisance, amitié, fraternité, destruction de tous les ennemis de la patrie :
voilà la manière dont on doit honorer Marat ; voilà les fleurs que vous devez à la me'moire glorieuse de Marat panthéonise'.
Vive la République, vivent les Sans-Culottes^ et ça ira{i).
Dans la nuit qui suivit ce discours et dans la matinée du 22, Javogues et ses complices s'occupèrent de la formation de cette commission populaire qui devait établir la prospérité publique sur le cadavre du dernier des honnêtes gens. « Blanq- Desisles, dit Pimprimé du 4 vendémiaire an III, s'est fait nommer président, parce que partout il veut présider; Chaigneau est désigné pour accusateur public, Convers pour secrétaire, et deux ou trois autres de leurs suppôts pour juges. » Les autres imprimés s'accordent sur les noms de Blanq- Desisles et Chaigneau comme président et accusateur public. Selon Gouly, Albant aurait été du nombre des juges. D'après les notes de M. Debost, trois de ces juges auraient été les citoyens Rossand, cordonnier, Gay, grenetier, et Bouveyron, cordonnier. « Ce tribunal de sang, ajoute M. Debost, devoit juger dans la maison de détention des Claristes les détenus, y faire amener ceux d'Ambronay dont j'étois et des autres maisons, les condamner à mort et les faire inhumer dans des fosses
(1) Discours prononcé par Javogues, représentant du peuple, dans la séance de la société des Sans-Culottes républicains de liourg, le 2 r frimaire, an 2 de la République française, une et indivisible. << p. in-.!.", boni;et phrygien en tête de !a i'" page. — Pli. L.D.