CHAPITRE II
la ville, de consigner leurs troupes dans leurs quartiers respectifs, et d'assurer la tranquillité publique par quatre patrouilles de cinquante hommes chacune.
Le considérant de cet ordre ou arrêté du 22 frimaire indique l'exaspération des habitants contre les soldats de Javogues, le danger que ceux-ci coururent, et constate que la ville fut pillée deux jours de suite.
Le Représentant du peuple près le département de l'Ain.
Sur le rapport qui vient de nous être fait par le citoyen Convers, procureur de la commune de Bourg régénéré, que le bureau municipal a ordonné de battre la générale, pour prévenir la force armée, des malheurs qui pourroient résulter de l'animosité que les citoyens et les hussards montrent contre les soldats de l'armée révolutionnaire, attendu que les premiers sont rassemblés sur la place, un très grand nombre disant qu'ils veulent, de concert avec le régiment des hussards, aller attendre hors de la commune l'armée révolutionnaire pour lui enlever trois hussards qu'elle conduit à Commune-Affranchie, ainsi que pour reprendre les métaux d'or et d'argent par eux enlevés dans les visites domiciliaires faites hier et avanthier (i), de l'ordre du représentant du peuple Javogues ;
(i) Le 20 et le 21 frimaire. Nous trouvons un nouveau témoignage des violences exercées le second jour, dans une pétition adressée à Gouly, le 24 frimaire, par « le citoyen Claude-François-René Montrichard, » prêtre et religieux de Nantua, qui fut pour la seconde fois arrêté à Bourg, « le 2 I frimaire, par un officier municipal et vingt soldats de l'armée révoutionnaire, lorsqu'il ne s' attendoit qu'aune visite domiciliaire. » (Pétition originale). — C" D.
attendu aussi que les officiers municipaux sont méconnus par le peuple qui refuse de leur obéir et en menace plusieurs, arrête... (1).
L'effusion du sangfut ainsi prévenue, et Javogues put se retirer sans encombre avec son armée révolutionnaire (2). Ce monstre se dédommagea dans la Loire du mal qu'il n'avait pu faire dans notre département. Nos ultra-patriotes furent désolés de sa retraite ; nous verrons plus loin comment ils lui témoignèrent leur sympathie, lorsqu'il fut décrété d'accusation par suite de ses excès.
Maintenant que nous sommes délivrés de Javogues. faisons connaître Gouly, qui va être le tout puissant commissaire de TAin pendant plus d'un mois, et disons comment il nous fut envoyé.
Benoît Gouly, né à Bourg vers 1762 (3), était fils d'un chaudronnier. A quatorze ans, « jouant à la loterie, au dire de ses dénonciateurs, il eut l'adresse de fabriquer un faux billet avec lequel il attrapa une montre de 600 livres. » — «Je sçavois
(i) Compte rendu de Gouly, 3' édition, p. 42.
(2) Févelas, le secrétaire de Gouly, rapporte, dans l'écrit que nous avons cité, cil. Il de la Xll' Epoque, qu'il y eut une espèce d'émeute une hj:ure après leur arrivée, que les soldats de l'armée révolutionnaire se battirent avec les hussards, et qu'un ou deux Jde ceux-ci furent tués. Mais nous pensons que l'arrêté officiel de Gouly mérite plus de confiance que le récit de son secrétaire.
(3) Il avait quinze ans et quelques mois en 1769. (Compte rendu, 3« édition, p. 389.