CHAPITRE II
lution, toutes les faveurs du public. Dix-neuf fois il fut nommé président des assemblées primaires ; pendant quinze mois, il présida l'administration, et, lorsqu'il fut question d'envoyer deux députés à la Convention, il réunit la majorité des suffrages au premier tour de scrutin. On venait d'apprendre l'abolition de la royauté; il jura devant le peuple assemblé de maintenir la république ou de mourir. Laissant parents, femme, enfants et amis, il partit avec son collègue Serres sur un petit navire de Bordeaux. «J'avois emporté avec moi, dit-il, quelques marchandises pour subvenir aux besoins de ma famille en France, et une grande quantité de singes (i). « Parvenu à la hauteur des Açores, le petit navire est pris par une frégate anglaise de 40 canons. Les deux députés sont dépouillés (2) , maltraités, puis conduits en Angleterre. Après plusieurs mois de captivité, ils se rembarquent pour la France et abordent à la Rochelle, le 16 septembre 1793. La société populaire de cette ville les accueille et les met au courant des événements politiques. Dans la nuit du 2 au 3 octobre, ils arrivent à Paris, sont admis à la Convention le 6 octobre, prennent place sur la Montagne, et Gouly « demande à signer le décret qui avoit condamné
(i) B. Gouly, représentant du peuple, aux membres de la Convention nationale. Paris, 1 5 fructidor an III. Paris, i6 p. in-8. — H. Gloria. (2) Gouly perd 200,000 livres.
l88 QUATORZIÈME ÉPOQUE.
Gapet. » Le 1 5, ils se présentent à la société des Jacobins,
Cette exaltation républicaine ne dura pas longtemps. Gouly. pendant sa mission dans l'Ain, apprit à connaître les meneurs de la révolution. «C'étoient, dit-il, des hommes sans mœurs, ayant violé les droits les plus sacrés, faisant des repas somptueux, tandis que le peuple et nos braves défenseurs manquoient de pain ; s'étant enrichis sans travailler ; ayant signé des actes fédéralistes ; clabaudant contre la Convention et le Comité du salut public qu'ils taxoient de modérantisme ; d'où j'ai conclu qu'ils étoient des hypocrites et des ambitieux qui avoient trompé mes prédécesseurs, qui cherchoient à me tromper, afin de retenir encore dans leurs mains le pouvoir qu'ils avoient usurpé, et dont ils se servoient d'une manière arbitraire et tyrannique pour satisfaire leurs haines particulières et leurs passions (i). »
Les troubles causés à Bourg et à Belley par les exploiteurs de la Révolution avaient suscité des plaintes générales. Gauthier-des-Orcières , qui avait à se faire pardonner sa conduite au 29 mai, et pendant le siège de Lyon, ne voulait pas laisser son pays sous l'oppression de Blanq-Desisles, Albant et compagnie. D'accord avec ses collègues de l'Ain, il sollicita l'envoi d'un pacificateur dans
(i) Compte-rendu de Gouly, i" et 2° ddition, p. 2.