CHAPITRE IV
vite le Président de la Société des Sans-Culottes de cette commune, ici présent, et dont je suis membre, à donner le baiser de paix et de fraternité au Président de l'assemblée du corps municipal ; J'invite également tous les citoyens ici présens à imiter cet exemple, et à promettre qu'ils oublieront en faveur de la Patrie les animosités personnelles qui pourraient exister entre eux.
Ces paroles sont vivement applaudies. On se donne le baiser de paix. Le citoyen Lavigiie^ secrétaire des Sans-Culottes, veut rédiger le procèsverbal de cette scène pathétique. L'agent national de la commune, Parrat-Brillat^ offre de distribuer au.x indigents deux cents mesures de seigle en nature ou en monnaie. Le citoyen Barquet propose d'envoyer un courrier extraordinaire au représentant Gouly pour lui porter la bonne nouvelle. Un autre membre fait voter une illumination pour le soir même. Les magistrats et administrateurs absents, prévenus séance tenante, s'empressent d'adhérer à « Fheureuse réunion. » Plus de cent citoyens la consacrent par leurs signatures (i;.
Tout cela malheureusement n'est qu'un feu de paille, et la lutte recommence de plus belle. Nous en trouvons l'indice dans l'ordre suivant, et nous en aurons bientôt la preuve :
( i) Extrait du registre du corps municipal de la commune de Belley. Séance publique du 2 5 frimaire, an 2' de la République française, une, indivisible et démocratique, A&che, Belley, 1793. — Ph. L. D.
Au NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.
Le 28 frimaire, à huit heures du soir, l'an deux de la Rép. française, une, indivisible et démocratique.
Attendu qu'il m'est parvenu hier à Bourg des protestations contre des signatures apposées au bas de la délibération prise en séance publique par le corps municipal de Belley, arrête :
L'exécution de toutes les dispositions de cette délibération est suspendue jusqu'à ce que je sois informé des motifs de rétractation.
Fait en commission à Belley, les dits jour et an que dessus (i).
Le lendemain, Gouly écrivit au Comité de salut public :
29 frimaire. De Belley régénéré.
Citoyens collègues,
Après des signes de réconciliation, la commune de Belley a failli s'égorger ; un exprès de la société des Sans- Culottes m'est arrivé à Bourg dans la nuit d'avant-d'hier, avec des protestations contre les signatures données en adhésion de cette réconciliation. La haine d'un parti contre l'autre s'est renouvelée avec acharnement ; les meneurs, ainsi que les ci-devant privilégiés, recommençoient à ourdir leurs trames perfides pour mettre ce district en combustion. Mais ils sont déjoués, et déjà ils sont tous arrêtés ; je les ai mis hors d'état de nuire au projet que j'ai de tout renouveler, parce que tout va mal ; quand la besogne sera faite, ceux qui se seront bieri conduits depuis la Révolution seront, conformément aux décrets
(1) Compte rendu de Gouly, 3« éd., p. 83. .