CHAPITRE IV
de 1791. Et, en effet, on brûla coram populo la guillotine et l'on publia des édits au nom de Louis XVII.
Le Comité de salut public, non moins effrayé qu'irrité, voulut à tout prix chasser les Anglais et réduire les rebelles ; il ordonna un grand déploiement de forces. La résistance ne fut pas moins opiniâtre que l'attaque. A la fin cependant, le blocus, la famine et le bombardement firent évacuer la ville par les insulaires.
Bonaparte commandait Partillerie française. « Cest là, dit le vicomte de Toulongeon, aux palissades du fort Malbousquet, que l'histoire signale pour la première fois Bonaparte, alors chef de bataillon, commençant ses destinées et celles de la France (i;. » Plusieurs historiens ont répété cette erreur. Nous avons déjà vu le futur empereur chassant d'Avignon les contre-révolutionr aires marseillais par la précision de son tir p. 375 du t. iii^.
Les Anglais, en se retirant, mirent le feu à l'arsenal et embrasèrent l'escadre française. Les Toulonais prirent la fuite, et bienheureux furent les fjgitifs, caries représentants commirent dans leur ville les mêmes atrocités qu'à Lyon. Deux mille rebelles furent mitraillés, massacrés ; les maisons
(i) Hht. de France depuis la Révolution, t. iv, p. 86.
furent incendiées ou démolies, et Toulon cessa d'exister ; il n'}^ eut plus que le Port de la Montagne.
La défaite des Anglais et des Toulonais mit en gaieté le père Duchesne le cadet., c'est-à-dire Dorfeuille., ex-comédien et ex-président du tribunal révolutionnaire de Lyon. Une des trois petites feuilles qu'il fit imprimer à Bourg débute ainsi :
S.... mille millions de tonnerre de b , triple milliard
de f...... canons, bayonnettes, s.... nom de D..., je suis
d'une joie.... que je p.... dans ma culotte de peau. Toulon est pris. Ma femme, allume-moi ma pipe ; va chercher le voisin ; qu'il amène sa femme et ses marmots ; ils souperont avec nous. Depuis que je suis républicain, je ne vais plus au cabaret. Ah ! te voilà, mon caniche ? sais-tu, mon garçon, qu'il te faut mettre sur tes deux pattes de
derrière et sauter pour la République? Ah, f , ça va
bien : va, les Anglais ne viendront pas manger ta pâtée ; ils sont f....s, mon ami, comme la poule à Simon. Eh bien, tu n'entends pas ce que je te dis ? Tu restes couché comme un aristocrate? Lève-toi, b , comme au lo août,
comme au 3i mai, comme à la mort de Capet et de la louve autrichienne (i).
(i) Je suis le père Duchesne le cadet, foutre. La grande joie du père Duchesne d'apprendre que Toulon est repris... 8 p. in-8. — Ph. L. D.
II y a eu deux tirages de cette feuille : l'un avec un paysage pour tête de page, l'autre avec une simple vignette.
Doifeuille avait pour collaborateur un nommé Millet. Tous deux se qualifiaient de commissaires nationaux.
Outre les trois feuilles qu'ils publièrent ensemble, Millet en fit imprimer une quatrième à Lyon avec un autre commissaire national nommé Bonnerot ; elle est relative à Trévoux.
Nous ferons connaître toi^tes ces curiosités bibliographiques.