CHAPITRE VI
rement, et sans que cela puisse nuire aux remises que cette commune est obligée de faire, cent paires de souliers et cent paires de bas, pour équiper nos malheureux frères d'armes de cette garnison ; je n'ai donné que six heures pour fournir tous ces objets, et dans six heures ils m'ont été fournis ; j'en ai chargé le commissaire des guerres du département de l'Ain, qui m'accompagne, pour, en ma présence, passer en revue toutes les troupes en garnison dans ce district.
Comme il se commet des abus très pernicieux aux intérêts de la République tout le long du Rhône, tant par le transport de nos grains à Genève et^en Suisse, que par celui des matières d'or et d'argent à la faveur d'un acquit à caution pour le Mont-Blanc, j'ai cru devoir prendre un arrêté pour réprimer le dernier abus. Je m'occuperai du premier après la visite de cette frontière. Il m'a été dit et assuré que les métaux de toute espèce qui étoient enfouis, reparaîtroient et ne seroient plus exportés chez nos voisins, si l'on invitoit les citoyens à les déposer chez les rece-' veurs, avec promesse de leur en payer le montant en deux termes. Je vous prie, citoyens collègues, de me faire connoître s'il n'y a point de décret à cet égard qui s'oppose à cette disposition.... (i).
Cette lettre nous dispense de parler des trois arrêtés datés de Collonges. Cependant celui du 1 1 présente deux articles à noter : Fun désignant les paysans par l'e.xpression pittoresque de citoyens à tabliers '2), et l'autre ordonnant l'arrestation du curé jusqu'à son mariage ; les voici :
(1) Compte-rendu de Goul)-, 3* édit., p. 29.
(2) Le tablier de peau, qui entrait dans le costume ordinaire de nos j;ens de campagne, n'est plus guère porté que pour le travail des champs.
Art. II. — Tous les citoyens de cetic commune et notamment ceux à tabliers seront assemble's dans la ci-devant église demain, à huit heures du matin, à l'effet d'émettre leur vœu sur les personnes qu'ils croiront les plus dignes d'occuper les fonctions publiques.
Art. III. — Le curé fanatique^ dangereux^ sera mis en arrestation jusqu'à ce qu'il se soit marié; les scellés seront mis sur ses papiers, et vérification d'iceux faite par le juge de paix du canton (i).
Dans une autre lettre du i6 nivôse, Gouly se vante de la « petite récolte » qu'il avait faite chez le curé : 65 marcs 5 onces 5 gros d'argenterie (d'église sans doute) et 1602 livres six sols en espèces.
Avant de nous occuper du séjour de Gouly à Gex, glanons quelques faits dans le registre municipal de Bourg.
Le nouveau maire, Aimé-Marie Albant^ fut installé le i^"" nivôse, et prêta le serment ci-après: Je jure de maintenir la liberté^ V égalité, la République une, indivisible et démocratique ou de mourir à mo7i poste en les défendant, d'exercer les fonctions qui me sont déléguées avec toute r activité et le ^cle dhm républicain sajis-culotte, d'écraser r aristocratie et d'altérer le fanatisme. On remarquera que cette formule ne l'engageait point à remplir ses fonctions avec honnêteté.
(i) Compte-rendu de Gouly, 3» éd., p. i36.