CHAPITRE VII
Les malveillans, ajoutent-ils en note, vont sans doute supposer que nous condamnons ici nos trois anciens collègues mis en arrestation ; mais nous déclarons que nous avons pour principe de ne condamner personne avant son jugement, et personne ne désire plus que nous leur prompte justification. Nous connoissons leurs principes constans pour la Révolution dès 1789, et nous ne doutons pas qu'ils ne se justifient pleinement, et que leur innocence paroisse dans son plus grand jour.
Après cette apothéose des trois martyrs vient une charge à fond contre les prêtres :
Qu'est-il besoin de prêtres pour le culte primitif de la raison? Pourquoi des intermédiaires entre Dieu et nous? Il parle à nos cœurs; il lit dans nos âmes; cela lui suffit.
Mais, voulez-vous voir renaître les dîmes? conservez les prêtres. Voulez-vous voir rétablir le casuel? conservez les prêtres. Voulez-vous voir soutirer votre argent par des pratiques absurdes, de faux miracles, des actes de dévotion intéressés ? conservez les prêtres. Voulez-vous exposer vos femmes et vos filles à la séduction d'une classe d'hommes qui fait profession de contrarier le vœu irrésistible de la nature ? conservez les prêtres. Enfin, voulezvous laisser aux intrigans, aux aristocrates, aux ci-devant seigneurs, aux fauteurs secrets du royalisme, leurs amis, leurs partisans, leurs soutiens naturels, et voir la tyrannie renaître de ses cendres? conservez les prêtres.
Non, citoyens, non, vous ne résisterez pas à l'impulsion
érérale donnée parle peuple français à l'extinction du Fanitisme. Laissez, laissez ceux de vos prêtres qui peuvent
ncore aspirer à la confiance publique, redevenir hommes
et citoyens, et bénissez la main qui vous délivre des autres.. .
Vive la République. Vivent les Sans-Culottes. Vive la Montagne.
Reydellet, agent national provisoire du district, Ryon, Raffet, administrateurs.
Le post-scriptum ne doit pas être omis ; c'est le bouquet :
P. S. L'impression d'une multitude de loix, décrets et arrêtés, a retardé cette adresse dont le but principal a été d'éclairer les citoyens des campagnes trompés sur les motifs d'arrestation de Rollet-Marat.
Le monstre hideux du fanatisme que le citoyen venoit de terrasser, ose se relever et l'accuser. Des prêtres qui ont abdiqué entre ses mains, veulent reprendre leurs fonctions et porter le trouble dans leurs communes ; mais nous espérons que la raison les démasquera, et que bientôt l'on ne se rappellera de leur existence que par les maux qu'ils ont faits dans tous les temps (i).
Les trois martyrs furent enfermés dans la maison des Claristes, savoir: Blanq-Desisles le 19, Rollet-Marat le 20, et Convers le 21 nivôse ; puis, sur la demande de Tagent national du district, ils furent transférés dans la maison de Bachet, pour être séparés les uns des autres, comme le voulait l'arrêté de Gouly. Mais l'on s'aperçut bientôt
(i) Adresse de l'agent national provisoire et des administrateurs du district de Bourg -ré généré à leurs concitoyens. Bourg, 2b nivôse an II, 8 p. in-8. — Ph. L.D.