CHAPITRE VII
qu'ils pouvaient communiquer par les fenêtres de leurs chambres; et, à la séance du 22, le Conseil général de la commune décida que les fenêtres seraient happées et clouées. Cette précaution futelle négligée ? Les frères et amis parvinrent, diton, à éluder la consigne, et la prison des trois martyrs devint « le lieu continuel de scandaleuses orgies. »
Nul sans-culotte ne fut plus terrifié, plus exaspéré que le maire Albant par la sévérité de Gouly à regard de Blanq-Desisles, Convers et Ro'llet- Marat, « Je suis perdu, se dit-il, puisque Gouly a frappé mes complices ; mon tour va venir. Je n'ai qu'une chance de salut, c'est de prévenir ma perte par la sienne ; il faut qu'il tombe ! » Et il jure qu'il tombera. Se rendre à Commune-Affranchie auprès des représentants Fouché, Albitte, Méaulle ;t Laporte, leur dénoncer Gouly comme un Brisotin, comme un rétrograde, comme un traître, et :oncerter avec eux non-seulement son rappel, mais ncore son arrestation, tel est son plan (1); et à 3eine est-il formé qu'il en commence l'exécution. Dès le 19 nivôse, en effet, il se fait donner parle onseil général de la commune la mission d'aller éc.amer à Commune-Affranchie les frais de transport dus aux citoyens qui ont conduit du pain dans ette ville, lors de l'entrée de l'armée républicaine.
(0 Compte rendu de Gouly, 3« éd., p. 298.
Nanti de cette mission qui lui permet de voyager gratuitement, il s'introduit le soir dans le cabinet de Blanq-Desisles, à Phôtel du département, prend dans une commode une liasse de papiers qu'il emporte et, la nuit même, il part pour Lyon (i), oia il séjourna jusqu'au 25. Nous dirons en temps et lieu le résultat de ses manœuvres. Pour le moment, nous avons à parler de la curieuse enquête qui fut faite en son absence sur quelques-unes de ses peccadilles. J
Par une grâce providentielle les méchants se dévorent entre eux. Les confrères municipaux d'Albant profitèrent de son absence pour lui lancer quelques coups d'épingle : ils espéraient sans doute que ce petit scandale appelerait l'attention de Gouly sur le singulier maire dont il avait gratiné sa ville natale. Ce fut l'agent national de la commune, le confiseur Petit, qui attacha le grelot.
Donc, le 21 nivôse an II (10 janvier 1794), il convoqua extraordinairement le conseil général de la commune pour une communication « d'une importance majeure, » et il fit rapport :
Qu'il étoit parvenu à sa connoissance que le citoyen Alban, maire, étoit prévenu de plusieurs faits graves, qui sont : I» d'avoir requis au nom de la loi la citoyenne Mar-
(i) Compte rendu de Gouly, 3« éd., p. 297.