‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 189 sur 291 · CHAPITRE PREMIER. Sîg · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. Sîg

sont horribles ; on les entend un instant balancer à se servir du poison ou du poignard ; mais la mesure est reconnue trop précipitée, et l'on arrête que l'on se contentera de faire dénoncer ce député, afin qu'il soit rappelé ; d'un autre côté on fonde ses espérances sur le résultat du voyage d'Alban, près des Représentans du peuple à Commune-Affranchie. Chaigneau, Duclos et Laymant s'engagent d'aller dans plusieurs sociétés populaires, solliciter des dénonciations contre Gouly, et bientôt il est dénoncé à la Convention nationale comme le persécuteur des patriotes du département de l'Ain, comme un agent de Pitt et de Cobourg, qui avoit été salarié par eux pour trahir ses pouvoirs. Alban ne tarde pas d'arriver de Commune-Affranchie. Sa fierté l'emporte sur celle d'un Soudan ; il s'écrie a la Société populaire : que Gouly est un scélérat ; qu'il a voulu perdre les Sans-Culottes, mais qu'on ne les attaque pas en vain ; que les Sans-Culottes sont souverains, que la Convention n'a pas même le droit de dissoudre leurs assemblées ; enfin il annonce que Gouly sera bientôt enchaîné et conduit à Paris ; qu'au surplus il a le rappel de ce député dans sa poche. On eût dit, à entendre ce célèbre messager, que ceux à qui il s'étoit adressé à Commune-Affranchie, avoient sous leurs mains des arrêtés en blanc du Comité de salut public, dont on pouvoit remplir le ^ ide à volonté. Si Alban n'a pas expliqué cette énigme, il l'a du moins présentée à deviner (i).

Quoi qu'il en soit, Gouly venoit à peine de déjouer et comprimer les intrigans et tous les orateurs empiriques qui, sous le masque de la popularité, étoient les plus cruels enremis de tout ordre social, qu'à son retour du Bugey, Alban lui notifie son rappel d'une manière outrageante, et

(i; Pendant le séjour d'Albant à Lyon du 20 au 25 nivôse, on eut le temps d'obtenir du Comité de salut public la nomination d'Albiite.

33o QUINZIÈME ÉPOQUE.

que le représentant Albitte arrive à Bourg, le 28 nivôse, pour le remplacer (i).

Une plainte de? citoyens de Belley décrit ainsi l'apparition du proconsul :

Quel nouveau^spectacle s'ouvre aux regards e'tonnés des bons habitans de l'Ain! Albitte se présente avec l'appareil d'un sultan d'Asie entrant dans les provinces soumises à sa domination ; des hussards à cheval lui servent de janissaires, un conseil de sang l'accompagne : c'est le tigre Vauquqy, ce monstre altéré de carnage qui, dans le district de la Tour-du-Pin, s'est souillé de tous les crimes, qui l'ont depuis conduit à l'échafaud ; c'est l'histrion Dorfeuille, digne émule d'Hébert, et qui, dans des feuilles périodiques, en a emprunté le nom et le style dégoûtant, qu'il a choisis pour premiers ministres (2). Le sybarite s'enivre et s'endort tour à tour au sein de ce cortège féroce; il devient inaccessible pour tout autre que pour les scélérats dont il a promis de servir les vengeances ; il ne se réveille que pour frapper, il lui importe qu'aucune des victimes qu'il doit immoler n'échappe à ses coups ',3).

Pour achever de peindre l'homme, disons que les citoyens de Bourg l'accusèrent, entre autres menus griefs :

(i) Cette date nous paraît exacte. On peut affirmer du moins qu' Albitte ; était à Bourg le 29 ; le Comité de surveillance, son registre le constate, le ' fit complimenter ce jour-là par son président, Albant cadet, vitrier, et ^ par un autre membre, Cluny cadet, aussi vitrier.

(2} Il faut ajouter Millet et Bonnerot, se disant commissaires nationaux, auteurs de la feuille Le Cousin du père Duchesne. et l' ex-conseiller j^ de Bourg, Frilet.

(3) Les Citoyens de la commune de Belley, réunis en Société populaire,i^ à la Convention nationale. Belley, 20 p. in-4°. — C'eD. !|

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