CHAPITRE PREMIER
D'avoir autorisé le vol et le brigandage par ses intimes liaisons avec les voleurs et les brigands;
De s'être fait remettre par réquisitions les meilleurs vins et comestibles, sans les payer (i) ;
D'avoir abusé de ses pouvoirs en se faisant nommer adjudant-général de l'armée des Alpes, quoiqu'il n'eût jamais porté les armes pour la défense de la patrie, et qu'il ne puisse montrer d'autres blessures, d'autres cicatrices que celles qu'il peut avoir reçues dans ses combats contre k milice de Vénus ;
D'avoir par sa conduite scandaleuse avec des femmes prostituées perverti les mœurs et donné le mauvais exemple ;
D'avoir, pendant son séjour à Bourg, accaparé le lait qui y étoit apporté, et de l'avoir employé, dans ses bains, à rétablir sa santé affoiblie par ses débauches ;
D'avoir eu la scélératesse de soustraire ou jeter au feu les pétitions des détenus avec leurs pièces justificatives;
D'avoir enfin eu la barbarie impudente de se flatter à Bourg, le 3o nivôse, an II, que pendant son séjour à Lyon, il s'étoit débarrassé des cris et des larmes de quatre à cinq cents femmes qui invoquoient son humanité pour leurs maris, leurs enfans ou leurs pères, en faisant attacher les deux plus jolies au poteau pendant quelques heures et d'avoir ajouté la plus insultante ironie à la cruauté, en disant qu'en sortant du poteau, ces femmes étoient tou-
(i) On ne peut en douter après avoir lu l'arrêté de réquisition qu'il prit i L,on, le i3 nivôse, avec son collègue Fouché, de Nantes: « Les Représen ants du peuple, envoyés à Commune-Affranchie pour y assurer le bonheur du peuple, requièrent la commission des séquestres défaire apporter chez eux deux cents bouteilles du meilleur vin qu'ils pourront troiiver, et en outre cinq cents bouteilles de vin rouge de Bordeaux, pre-
ière qualité, pour leur table. » {Buche\ et Roux, tome XXXII, p. 411.)
jours jolies, et qu'elles avoient été dîner de bon appétit (i).
La société populaire de Bourg souhaita en quelque sorte la bienvenue au nouveau proconsul, en publiant, le jour même de son arrivée, une profession de foi échevelée. L'auteur de cette pièce mirifique, le citoyen Thévenin fils, instituteur, singea réloquence de Cicéron :
TANDEM ! Jusqu'à quand serons-nous opprimés ? Les patriotes seront-ils toujours sous le couteau des fédéralistes, des vils aristocrates ? Non ; le moment est venu où le peuple persécuté, outragé, va prendre une vengeance éclatante de tant de forfaits. Le salut de la République a sonné, nos victoires retentissent aux deux pôles, et de lâches modérés viennent encore semer la division parmi nous.... I Qu'ils tremblent, les monstres ! L'œil vigilant du Sans- Culotte les suit partout; partout ils seront découverts, partout leurs complots avorteront ; enfin le glaive de la loi tombera sur les têtes conspiratrices et purgera de tous les crimes. .. le sol de la liberté.
.... Qu'ils sont lâches, ces assassins ! Ne pouvant nous rompre en masse, ils cherchent à nous diviser pour nous assassiner en détail...
Eh bien ! qu'ils sachent que les Sans-Culottes, en entrant dans la carrière de la Révolution, ont déjà fait le sacrifice de leur vie ; qu'ils sachent qu'ils ne craignent point la mort ; que, semblables aux sénateurs romains, à ces glorieux martyrs de la liberté française, ils resteront à
(i) Dénonciation des citoyens de la commune de Bourg contre Amar, Javogues, Albitte et Méaulle. Bourg, 23 floréal an UI, i8 p. in-8. — Ph. L.D.