CHAPITRE PREMIER
peut-être voulut-il faire entendre qu'il allait, lui Albitte, inaugurer véritablement le règne de la Terreur; car, sans nommer directement son prédécesseur dans ce préambule, il est très probable que ses phrases contre ceux qui égarent le peuple et ne dégagent pas l'atmosphère de la liberté de ses dernières ténèbres, étaient la critique de la manière dont son collègue avait rempli sa mission.
Un autre décret du 14 frimaire sur les salpêtres fut aussi lancé dans TAin et le Mont-Blanc par Albitte avec un préambule de sa façon, dans lequel il engage les citoyens à multiplier sans délai et sans relâche les moyens de rendre les fusils et les canons des armes terribles contre les tyrans. Toujours les tyrans !...
Depuis cinq ans, dit-il, vos bras sont armés pour la conquête de la liberté et la destruction des tyrans. Ils demanderont en vain la paix, ils n'en pourront obtenir d'autre que celle de la mort. Le peuple souverain l'a juré, et il emploiera toutes les ressources que son courage et la nature ont mises dans ses mains pour maintenir son serment (i).
Nous verrons bientôt Albitte plus sérieusement à l'œuvre. Écoutons d'abord le récit que son acoly;e Dorfeuille a fait des journées du 2q et du
(:)/!« nom du peuple français. Proclamation sur le rapport des salpêtre . Albitte, etc. Bourg, i6 p. in-4». — C»' D.
3o nivôse. C'est une pièce curieuse qui montre comment la presse éduquait le peuple et qui d'ailleurs offre seule quelques détails sur la première fête décadaire. Dorfeuille va nous apprendre que Bourg eut alors, comme la plupart des villes, le triste spectacle de trois ânes promenés dans les rues avec les attributs de TÉglise et de la royauté. En reproduisant son récit nous adoucirons le cynisme du langage par la substitution de points aux mots incongrus. Dorfeuille, nous l'avons déjà dit, ne manquait pas de talent ; on trouvera ici une nouvelle preuve de sa verve et de son esprit :
Je suis le père DUCHESNE le cadet, f
L'arrivée du père Duchesne à Bourg. Son entretien dans le club avec une muscadine, un modéré et une dévote. Son grand contentement de voir les patriotes de l'Ain reprendre courage, et sa grande joie d'avoir assisté à la fête de la Raison, célébrée le i^"" pluviôse (i), oîi il y avoit plus de six mille citoyens. Vive la République! Nom de D..., le père Duchesne
n'est pas trop fâché aujourd'hui. C'est, f , bien heu-j
reux ; car en arrivant à Bourg, j'ai manqué d'entrer dans] une colère de trente mille millions de b Je me préparois déjà à boucaner toute la commune. On m'avoit dit qu'il n'y avoit, calcul fait, qu'une centaine de patriotes
(i) Erreur de date; la fête de la Raison ou de la décade tombait le 3o nivôse ; elle est mentionnée à cette date sur un registre du district. « Tous les corps constitués, disent les administrateurs, l'ont célébrée pour chercher à détruire le fanatisme et établir le culte de la Raison. •