‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 194 sur 291 · CHAPITRE PREMIER. SSg · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. SSg

dans tout le département de l'Ain, et que la contre-révolution s'y mitonnoit. Moi, tout de suite je me f. .. le sac sur le dos, le fusil au bras, la giberne au c. . , la pipe à la gueule, et me voilà en route. Chemin faisant, je compte par mes doigts, et je dis : « Cent patriotes dans le dépara tement de l'Ain ; il y a neuf districts, cela fait tout juste « onze patriotes par district. Mais à Bourg, c'est une diffé- « rence, il faut encore en rabattre. Il y en a eu trois d'in- « carcérés, et qui sifflent la linotte. De onze, reste huit. « C'est donc huit patriotes pour le district de Bourg. Ahl « f ....! ça n'est pas lourd. Au reste, nous verrons. »

J'arrive, et sans ôter seulement mes guêtres, sans me gargariser le gosier, je vais tout droit à la société populaire; c'est au club qu'on voit le tact d'un pays. Je mef... sur un banc, et je me prépare à juger de quoi il retourne.

Je me trouve à côté d'une b qui avoit une belle pelisse

bleue, un fin jupon blanc à falbalas, une jolie tabatière

d'or et point de cocarde, f < Monsieur, me dit-elle

« avec un air sucré. Monsieur est étranger. Veut-il accepter « une prise de tabac d'Espagne? — Non, je lui réponds ; c je ne suis pas un monsieur, je ne suis pas un étranger, « je suis un citoyen. Je ne prends pas du tabac d'Espagne, « nom de D...! Je prends du tabac de la République. J'ai « ma carotte et ma râpe dans ma poche, et quand cela me

« fait plaisir, je le fume ou je le mâche, f Hue 1 mus-

« cadine. »

Je m'éloigne, et je m'approche d'un jean-f tiré à

quatre épingles, qui avoit de la poudre aux cheveux et un manteau rouge galonné. « Eh bien, je lui dis, citoyen, « comment cela va-t-il par ici? Etes-vous bien aristocrates « à Bourg? — Oh! non. Monsieur! point du tout; mais « nous n'aimons pas le trouble, nous voulons être tran- « quilles ; et comme nous sommes assez à notre aise, nous

a voudrions qu'on prêchât davantage le respect aux pro- « priétés; c'est de quoi les clubs ne s'occupent point assez;

« cependant la Constitution le recommande. — Mais, f ,

0 je lui dis : la Constitution recommande bien aussi de « prêcher des secours aux pauvres, du respect à la vieil- « lesse et aux malheureux : commence donc par là, « vie'dase (i), c'est le plus pressé. Et vos contre-révolution- « naires sont-ils sur le pot ? La guillotine a-t-elle fait son

« devoir ? — Ah, monsieur, me répond le b en levant

« les yeux au ciel, on ne va que trop vite à Communece Affranchie, et j'ai bien peur qu'on ne confonde les innoa cens avec les coupables. » — Je l'arrête sur le temps, et je lui dis : « Sacré p. . ..-froid, tu viens nous chanter qu'on « va trop vite, et moi je voudrois que cela fût déjà fini ; la « vengeance du peuple n'est jamais trop prompte ; et quant « aux innocens que tu fais semblant de plaindre, ne t'em- 0 barrasse pas, nous y regardons de près {2), et si jamais « quelque patriote avoit le malheur d'être raccourci avec « les scélérats, ce n'est pas toi que nous irons chercher « pour le pleurer et pour en porter le deuil. Avec tes

« sacrées jérémiades, tu n'es qu'un b d'hypocrjte.

« Hue ! mâtin. »

En le quittant, je me trouve dans un coin à côté d'une dévote qui disoit que tout étoit perdu depuis que la république n'alloit plus à la messe, et que son mari n'avoit plus de religion depuis qu'il fréquentoit le club, et que toutes les femmes devroient faire une pétition pour obtenir les

sacremens et faire ouvrir les confessionnaux. « F em-

« bêtée, je lui réponds, viens demain à la fête delà Raison

(i) Terme provençal injurieux signifiant visage d'âne.

(2) On se souvient que Dorfeuilie présida le tribunal révolutionnaire de Ville-Affranchie qui siégea du 3i octobre au 29 novembre 1793 (voir ch. I»' de ce volume).

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