‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 195 sur 291 · CHAPITRE PREMIER 34I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER 34I

« avec les patriotes, et tu verras si nous n'avons pas de relia gion. Nous avons celle de la liberté, c'est la plus belle de « toutes, sacredié. Au lieu d'aller à confesse à ton curé,

0 fais-toi donner l'absolution par ton mari; fab avec lui

ft des enfans robustes, des b à poil qui viennent au

« monde avec des moustaches, pour défendre la Républi- « que; mais si tu continues tes propos, puisque tu aimes « tant les sacremens, je te donnerai la confirmation, t moi, avec les quatre doigts et le pouce, et je t'enverrai à f coups de pied dans le c. chercher des messes au maxi' 0 mum. »

Après que j'eus rembarré cette sac... femelle, voilà que je me mets à penser soUdement. Je me cogne la tête, et je dis: c'est f...., père Duchesne, c'est f...., il n'y a rien à faire ici. Triple nom de D..., si tout le département est de cet acabit-là, autant vaudroit-il être à la Vendée. Allons, c'est décidé. Je f. .. mon camp, et je vais chercher l'armée révolutionnaire avec du canon pour mettre à la raison tous ces bougres-là. Comme je gagnois la porte, je me sens arrêter par le pan de mon habit, je me retourne et je vois un luron qui me crie : < Citoyen, tu as tort; pour un c homme d'affût comme toi, tu donnes dans le godan. J'ai « entendu tout ce qui s'est passé. Tu viens de parler à une « muscadine, à un modéré et à une dévote. Eh bien, ce « n'est pas là le peuple. Reste aux club, tu verras que s'il «va dans les tribunes du gibier de guillotine, il y a aussi a de la bonne sans-culotterie dans la société. Nous som- « mes peut-être un peu timides, parce que nous avons été

€ opprimés ; mais quand nous verrons de bons b com-

< me toi à notre tête, nous reprendrons cœur au ventre,

« et au lieu d'aller au pas, nous irons au galop, f

« Tu ne pourras plus nous suivre. — Tope, lui dis-je, je « rentre au club, et si je suis content, comme tu me le

« promets, je suis pour un mois parmi vous, et nous ferons « ensemble la chasse aux modérés, aux fanatiques et aux « fripons de tous les genres. »

En effet, la séance s'ouvre, je me place et j'écoute. Président, secrétaires, censeurs, je ne vois que des b à

poil. On fait de bonnes motions, on s'occupe de fêter la décade, on s'intéresse aux patriotes détenus ; en un mot, l'aristocrate allonge la mine, le sans-culotte triomphe, et le père Duchesne croit être aux Jacobins de Paris.

Et le lendemain, à la décade (i), oh ma foi, c'étoit beau 1 c'étoit sublime ! Des feux allumés sur toutes les places (2), des étendards tricolores avec des inscriptions à nos frères de toutes les armées, le canon tiré en leur honneur et gloire, un char de triomphe qui portoit les pères, les mères, les parens des soldats morts aux combats pour la défense de la patrie (3). Ces braves gens, en voyant notre reconnoissance, oublioient leur douleur pour ne penser qu'à la République, f

Un autre char où deux riches, tout couverts d'or et de diamans, embrassoient avec respect et attendrissement deux sans-culottes tout déguenillés en leur disant : Pardonne-moi, mon frère^ de t' avoir méconnu si longtemps. Et

(i) Nous avons découvert après coup, dans le Journal républicain de Rhône-et-Loire, supplément du n» 8 (biblioth. de M. le comte Douglas), un récit de cette fête décadaire. Il est intitulé: « Fête civique qui a eu lieu décadi 3o nivôse, à Bourg régénéré. » Nous nous en servirons pour compléter le présent récit par quelques notes.

(2) « A neuf heures précises du matin, six feux fuient allumés sur les places Jemmappe, la Fédération, Marat, vers les ci-devant Jacobins, devant la maison Silvant, à la-porte de Mâcon, vers la maison Reynier. » {Journal rép. de Rhoneet-Loire.)

(3) Une banderole flottait avec cette inscription : La République reconnaissante aux parents de ses défenseurs morts pour elle. « Sur le devant du char, une citoyenne modeste et vertueuse, figurant la Patrie, tenoit d'une main une pique d'où se déployoit cette banderole, et de l'autre des couronnes civiques. « (/. rép. de Rh. et L.)

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