‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 21 sur 291 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

rhôpital, et à celui « des femmes » qui ont soin des malades (i).

Nous revenons un instant à Lyon ou Ville- Affranchie pour assister au premier coup de marteau frappé sur les façades de Bellecour par le cul-de-Jatte Couthon-, ridicule cérémonie, bien digne de l'acte insensé de vandalisme ordonné par la Convention.

Les façades monumentales, condamnées à la démolition, décoraient, comme celles qui les ont remplacées, les côtés est et ouest de la place. Elles étaient fort belles.

Chacune d'elles, dit M. Balleydier, formant cinq vastes corps de bâtiments solidement construits, liés et parfaitement harmonisés entre eux, présentait l'aspect d'un magnifique palais percé de trente-cinq fenêtres, et orné d'autant de balcons sur la même ligne et aux trois étages dont elle se composait, sans comprendre le rez-de-chausse'e, enrichi de magnifiques appartements séparés entre eix par cinq grandes portes cochères d'une majestueuse ordonnance. Ces deux façades, élevées d'après les dessins d3 Robert-Décotte, premier architecte de Louis XIV, élève et beau-frère du célèbre Mansart, étaient généralement habitées par les familles lyonnaises, riches, retirées djL commerce ou de l'échevinage, presque toutes attachées p.ir les traditions du sang et les formes aristocratiques au pouvoir de l'ancien régime (2).

Registre municipal de Bourg.

- Hist. du peuple de Lyon, 1. 11, p. 2 10.

Ce fut le 26 octobre, dans la matinée, qu'eut lieu la cérémonie du coup de marteau.

Les représentants du peuple, dit l'abbé Guillon, se rendirent eux-mêmes sur cette place avec un sinistre appareil, et s'approchant de l'une de ces façades qui bornaient la place à l'est et à l'ouest, ils déférèrent à Couthon, comme au chef de la représentation conventionnelle, le honteux honneur de frapper une, pierre de cet édifice avec un petit marteau. Le coup mal assuré qu'il y donna fut accompagné de ces paroles absurdes : « Au nom de la loi, je te condamne à être démoli. » Quelques misérables, ayant sur leurs épaules des pioches et des leviers, se trouvaient bien là comme partie intégrante de la cérémonie, mais la démolition des façades ne commença point alors. Il fallait en laisser déménager les innombrables habitants (i).

Le récit de M. Balleydier contient d'autres détails et donne les paroles de Couthon, telles qu'on les lit dans le procès-verbal des représentants, rédigé pour la Convention et probablement quelque peu arrangé. Quoi qu'il en soit, voici la version de M. Balleydier ;

Les représentants du peuple, accompagnés des officiers municipaux de la ville et de ses principales autorités, se rendirent, à sept heures et demie du matin, sur la place Bellecour, où les attendaient plusieurs centaines d'ouvriers armés de tous les instruments nécessaires aux démolitions. Les flots du peuple, avide de ce nouveau spectacle

(i) Mémoires, 1. 11, p. 314.

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