CHAPITRE IV
Loi du maximum ; prix du tabac, du sucre, du bois, du vin et des comestibles ordinaires. — Visite des prisons racontée par le Père Duchesne \eca.det{Dorfeuille). — Mise en liberté de plusieurs apostats. Abjurations publiques à la décade du lo pluviôse. Relation de cette fête. Un discours suivi de vers. — Autre discours prononcé à la décade de Trévoux.
Une des folies de la Convention fat de fixer, dans l'intérêt du peuple, le plus haut prix ou maximum de tout ce qui se vend dans les boutiques ou sur les marchés. Que, pour prévenir la coalition des marchands, on taxe le pain et la viande d'après les mercuriales, de manière à ce que leurs prix soient toujours en rapport avec ceux des marchés, il y a là sans doute avantage pour l'acheteur sans perte pour le vendeur ; encore faut-il que la surveillance empêche les spéculateurs de produire par leurs manoeuvres la hausse ou la baisse sur les marchés. Mais qu'on étabUsse un maximum d'une durée indéterminée pour des objets dont la valeur tient à des causes variables et complexes, c'est tuer le commerce et rendre par conséquent un très rrauvais service aux consommateurs.
3qo quinzième époque.
Voilà cependant ce qu'avait fait la Convention. Aussi sa loi du maximum, malgré les peines édictées contre les infracteurs, fut-elle négligée par les marchands à Tégard de certaines marchandises dès que les prix fixés les induisaient en perte, et le peuple de jeter les hauts cris. Les registres que nous consultons mentionnent fréquemment ses plaintes et le rappel de la loi. Nous lisons, par exemple, sur le registre municipal de Bourg, à la date du 9 pluviôse :
Vu la pétition faite par le Comité de la société des Sans-Culottes de cette commune, tendante i» à faire faire une proclamation pour enjoindre aux marchands de toutes qualités de se conformer strictement à la loi du maximum du prix des denrées de première nécessité; 2° à obliger tous les vendants vin à faire marquer leurs bouteilles avec un cercle de ferblanc sur lequel sera posé en étain le cachet de la municipalité ;
Le Conseil général, faisant droit sur ladite pétition, arrête, ouï le substitut de l'agent national, qu'il sera fait une proclamation au son de caisse pour requérir tous lesmarchands de cette commune en gros et en détail, les vendants vin, et généralement tous les citoyens de se conformer à l'avenir et dès à présent plus strictement à la loi du maximum du prix des denrées de première nécessité ;
Arrête encore que les cabaretiers et aubergistes seront tenus de se pourvoir, dans la huitaine, de trois mesures de ferblanc dont l'une tiendra bouteille, l'autre demibouteille, et la troisième un quart de bouteille, lesquelles seront échantillonnées à la maison commune.