CHAPITRE IV. 3g
peut pas tout faire à la fois. — Mes amis, c'est bien pensé ; mais le Représentant s'occupe de vous, puisqu'il nous envoie ici pour examiner votre conduite. — Eh bien ! père Duchesne^ si nous sommes en prison, c'est qu'il y a des gens dans notre commune et dans notre municipalité à qui nous avons paru dangereux. Ils disent que nous sommes trop patriotes. — Trop patriotes, f... . ! mais mille D..., en patriotisme, il ne peut jamais y avoir d'excès. Celui qui reproche à un autre trop de vertu, c'est que le mâtin n'en a pas assez lui-même.
Dans le même moment, je me fais lire les écrous ; je :onsulte le comité de surveillance, je reconnois la vérité, je saute de joie, j'embrasse mes trois gaillards ; la porte de la prison s'ouvre, je les emmène avec moi, et l'innocence triomphe.
Voilà comme juge le père Duchesne, f...... il n'a besoin
ai de procédure, ni d'avocat, ni de greffier. Il n'écoute que >a raison; et quand il est sur son tribunal, d'un coup d'oeil .1 inspire la confiance aux bons et la terreur aux méchans. Dn peut avoir plus d'esprit que lui, c'est facile; mais on
le peut pas avoir un meilleur cœur, f Vive la RépU'
clique et le bon sens! DORFEUILLE (i).
Cette visite des prisons, qui ressemble à une )arbare bouffonnerie, était, on ne s'en douterait )as, sérieusement ordonnée par Albitte, et nous illcns en voir le résultat dans l'arrêté suivant, [uM signa le lendemain, lo pluviôse, avant la :éltbration de la décade :
(i) Brochure in-S de 8 pages. — C" D.
Le: exemplaires de MM. O'Briea et Gloria ne portent pas la signature npr mée de Dorfeuille.
Au NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.
ALBITTE, Représentant du peuple, etc.;
Considérant que si la justice nationale doit se de'ployer aujourd'hui dans toute sa sévérité pour épouvanter les conspirateurs et ceux qui seroient tentés de les imiter, cette même justice doit aussi un prompt secours à des citoyens accusés et détenus à tort, ou pour des erreurs momentanées qui n'ont été suivies d'aucun effet malfaisant, et réparées par un patriotisme ardent et soutenu;
Considérant que s'il est des prêtres perturbateurs qui fomentent la révolte, nourrissent l'ignorance et prêchent la guerre civile par leurs discours et leurs exemples, il en est aussi qui, revenus franchement aux principes de l'éternelle raison, abdiquant de bonne foi leurs erreurs, et dévoilant aux yeux du peuple assemblé tout le charlatanisme d'un métier qui avoit trompé l'homme depuis tant de siècles, peuvent être envisagés comme des enfans régénérés de la patrie et remonter par cette démarche au rang de citoyens ;
Après avoir nommé pour commissaires examinateurs dans les maisons de détention de la commune de Bourg les citoyens Dorfeuille et Millet, commissaires nationaux, Frilet, officier municipal, et Bonnerot, attaché à la commission (i);
Après avoir entendu leur rapport sur les détenus, vérifié les pièces à l'appui, après avoir reconnu que les recherches, interrogations, confrontations avoient été faites avec une attention scrupuleuse et profonde, avec cette impartialité qui caractérise les Sans-Culottes ;
(i) Vauquoy, que Dorfeuille a nommii plus haut, est probablement oublié ici par mégarde.