‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 236 sur 291 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

peur qu'on ne le soupçonnât d'y être forcé, mais qu'à présent il abjure librenaent ses erreurs, son prétendu caractère et ses fonctions ecclésiastiques, déclarant à la tribune qu'il ne veut plus sacrifier qu'à la raison.

Un autre, qui vient de contracter à la municipalité un msriage authentique, abjure plus authentiquement encore ses erreurs, et dessille les yeux troublés par le fanatisme.

Un troisième, dans la force de l'âge, abdique et jure qu'il n'accepte la liberté que pour voler sur la frontière, qu'il y périra ou reviendra vainqueur.

Albitte leur parle à chacun à leur tour, leur annonce avec fermeté qu'ils ne peuvent plus tromper un peuple éclairé et souverain, et que, rentrant dans la société, la loi est là, qui saura toujours les atteindre s'ils peuvent encore se parjurer.

Les deux patriotes montagnards, incarcérés après le départ de Javogues, développent à la tribune les sentiments les plus patriotiques, et prouvent aux citoyens qu'on ne s'est pas trompé dans leur élargissement.

Viennent ensuite trois braves habitans des campagnes, incarcérés pour avoir empêché de sonner le tocsin du fanatisme. Dorfeuille et Millet expriment leurs sentimens: lei.r cœur est si plein, dit Dorfeuille, qu'ils n'ont plus que la force de crier Vive la Révublique !

Alban, maire, n'a retracé le ridicule des anciens préjugés, que pour faire mieux sentir l'avantage des progrès de la raison.

L'hymne à la liberté est chantée à plusieurs reprises, air.si que plusieurs autres hymnes patriotiques. Desisles de nande aux citoyens assemblés si cette fête civique vaut mieux qu'une messe. Les cœurs se dilatent, l'expression générale se prononce, et les mains et la voix expriment l'assentiment unanime. On sort du temple au son des ins-

trumens, aux cris de Vive la République .' Vive l'Égalité'! Vive la Liberté! Vive la Montagne! On se rend à la place ; la farandole se danse autour du tombeau de Marat, un feu de joie est allumé; quelques saints échappés y sont rôtis et consumés. Les indigens conviés par les citoyens aisés vont partager le dîner de la fraternité. La fête se termine par un bal général, où résident le patriotisme, le plaisir et la décence.

Vive la République! (i)

Un discours sans date, imprimé par les soins de la société des sans-culottes, nous paraît être Pun de ceux prononcés à cette décade. Cest une bordée d'invectives contre le culte catholique au profit du culte de la Raison, et un poétique appel aux armes pour la destruction des rois. Nous citerons quelques phrases de la prose et tous les alexandrins. Le style vaut mieux que l'inspiration.

Citoyens, Frères et Amis,

La superstition réunissoit autrefois les hommes dans les temples pour les égarer : la raison les rassemble aujourd'hui pour les instruire. L'hypocrisie des prêtres, la crédulité des hommes étoient l'aliment du mensonge : la raison a démasqué les uns en éclairant les autres...

Citoyens, l'on ne vous parlera plus des miracles de vos saints, des prodiges de vos sorciers : ces erreurs, ces absurdités, sont à jamais réléguées dans l'antre obscur du fanatisme et chez ces nations malheureuses qui gémissent encore sous les chaînes de leurs despotes. La France régénérée, en renversant le colosse odieux de son ancien gouverne-

(i) Célébration de la seconde décade de pluviôse (lisez première) à "Bourg régénéré. Bourg. Philipon, 4 p. in-^-. — Ph. L.D.

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