CHAPITRE V
j l'austérité républicaine peut en condamner le faste et la I magnificence.
« La Convention nationale, dans sa séance du 2 3 nivôse I après avoir discuté plusieurs articles d'une loi nouvelle r qui lui a été présentée par ses comités de salut public I et de la guerre réunis, comme supplément à celle con- I cernant les châteaux-forts, et destinée à faire connoître 1 plus précisément les constructions à démolir, en a ren- ; Yoyé plusieurs autres aux mêmes comités parce qu'ils I ont paru exiger de nouvelles réflexions.
« Aucun de ces articles n'est encore parvenu jusqu'à [ nous. Cependant s'il est dans mon habitation quelque [ construction qui rappelle des souveïiirs proscrits, [ ordonne et je les ferai disparoître. € Mais serois-tu plus sévère que la loi ? Me punirois-tu par la confiscation des matériaux qui seuls peuvent me dédommager d'une partie des frais énormes qu'il lui faudra faire pour obéir à cette loi incomplète et m'aider à reconstruire ce qui sera d'absolue nécessité ? Me puniras-tu, dis-je, d'avoir attendu que la loi s'expliquât, pour m'y conformer (i)?
« Je n'ajoute qu'un mot. Détruire n'est rien ; cette faculté est commune à tous les êtres. Créer et conserver, voilà ce qui n'appartient qu'aux bienfaiteurs et protecteurs de l'espèce humaine.
« Salut et fraternité.
Marron Meillonaz.
Ambronay, le i5 pluviôse an 2. »
1(1) M. de Meillonas ne pouvait connaître le i5 pluviôse le décretcxplittif iu i3. Mais Albitte, dès le 8. était sans doute iaformé par ses collèlies des dispositions qui allaient être décrétées.
Le 18 pluviôse, l'expert envoyé de Bourg pour exami" ner si ce château étoit susceptible d'être de'moli, atténua l'effet des ordres qu'il avoit reçus en déclarant dans son rapport : qu'il n'existoit dans ce château ni fossés ni pontlevis, qu'on pouvoit l'aborder de tous côtés et qu'il suffiroit de rabaisser les trois tours au niveau du faitage du corps de bâtiment, de démolir un pigeonnier et quelques créneaux. Il n'y a dans ce rapport aucune expression insultante ; c'étoit de la part de cet expert que je ne nomme pas (i) une preuve de la répugnance qu'il avoit à coopérer à ces actes de barbarie.
Le 22 pluviôse, Albitte ordonna la démolition de ce château.
La dernière phrase de la pétition n^avait pas disposé à rindulgence Pimplacable régicide. Onze jours après, M. de Meillonas périt sur Téchafaud, et le château de Meillonas fut décapité comme son maître. Les grosses tours carrées qui sont encore debout n'ont plus la régularité architectonique qu'elles devaient avoir avec leur élévation et leurs toitures primitives,
Nous avons analysé, ch. vi de la XIIP Époque, le rapport présenté, le 2 frimaire, par l'un des deux commissaires envoyés pour la descente des cloches. Le registre de correspondance du district de
(i) Le registre de l'agent national du district nous apprend que les commissaires chargés de l'examen du château furent les citoyens Pellet, et Pizzera.