CHAPITRE VIII
)it les degrés du perron, suivie de deux hommes qui portent une grande panière remplie de comestibles. Elle entend appeler par M . Vuy, qui montoit gaiement résilier de l'échafaud en lui criant: 0 Ton dîner est de iste. » Elle tomba évanouie et ne reprit connaissance je dans la boutique d'un épicier où on i'avoit portée.
Le mépris de la mort apparaît sous cette forme [aisante. Nous le verrons encore dans le premier £s incidents qu'a recueillis M. Joseph Balleydier :
Deux incidents remarquables, quoique d'un genre bien afférent, dit cet historien, signalèrent l'exécution d'un ficier de cavalerie, le brave de Meillonas, et celle d'un rocat nommé Balleydier^ tous deux dénoncés par Ibitte.
Le premier, major au 1" régiment de dragons, était une adresse et d'une force peu communes. Toujours prêt jouer avec les positions les plus extrêmes de la vie, il rait dit à ses compagnons de mort : < Je parie de vous ire rire au pied de l'échafaud; car comme il nous convient tous de trépasser gaiement et de nous f..... de nos assasns, je me dispose à faire une bonne farce à maître ipet — (Ripet était l'exécuteur en chef) ; et cela se trouve en. car je suis un de ceux qui doivent aujourd'hui pasr les premiers par ses mains. » Quelques instants après, pendant le trajet de la prison à la guillotine, il parvint se dégager des liens qui retenaient ses mains sur son )s, tout en ayant soin de leur conserver leur position •etrière. « Attention ! » s"écria-t-il en gravissant le fatal calier de l'horrible machine, et s'élançant tout à coup ir le bourreau, il le saisit au cou et lui dit avec toute la rce de sa voix : « Si tu n'étais pas le vil instrument des
représentants du peuple, si tu e'tais Fouché de Nantes ou Albitte, tu prendrais ma place aujourd'hui, et c'est moi qui te remplacerais l'espace de temps qu'il faut pour couper proprement une tête ; » puis il ajouta en riant : Tu as peur, coquin! rassure-toi, je ne vaudrais rien pour ton me'tier ; » et il lui tendit bravement le cou.
L'autre incident présente un caractère plus dramatique, plus solennel. Balleydier était un de ces hommes de cœur, à la volonté de fer, dont la probité politique et la loyauté ne transigent jamais avec les obligations d'un principe basé sur une conviction profonde. Le cri de : Vive la République aurait pu sauver sa tête qu'il ne l'aurait point prononcé, même du bout des lèvres. Sincèrement attaché à l'ancienne dynastie, non point par calcul ou par ambition, mais par les garanties que semble offrir au bonheur des peuples la succession directe au trône par la voie légitime de l'hérédité, il n'avait pu voir sans colère et sans indignation la substitution violente du principe démocratique aux lois inviolables de la monarchie ; substitution, selon lui, d'autant plus dangereuse qu'elle remettait tout en question. Aussi fut -il remarqué l'un des premiers à Bourg par Albitte comme royaliste et dénoncé comme tel. La Providence voulut, pour sanctifier son sacrifice sans doute, que le jour marqué pour sa mort fût celui que précédemment, à une époque plus heureuse, il av;at choisi pour celui de son mariage avec une jeune personne de Bourg qu'il aimait et dont il était également tendrement aimé.
Cette jeune fille avait tout fait auprès d'Albitte pour conserver les jours de son fiancé; mais Albitte était de la race des Couthon et des CoIlot-d'Herbois: prières, larmes, sanglots, tout avait été inutile ; il avait répondu aux incessantes supplications qui lui furent adressées, par ces mots