‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 32 sur 291 · chapitre iii · texte numérisé non relu

chapitre iii

Citoyens,

Les précautions sages que prennent les représentans du peuple, ne doivent donner aucune alarme sur le défaut de subsistances; ces précautions n'ont été imaginées que pour déjouer la malveillance et la cupidité.

Quelques individus sont accusés de cacher leurs subsistances, de faire des déclarations infidèles ou de ne point obéir aux réquisitions qui leur sont faites au nom de la loi; la taxe générale qui est publiée met toutes les marchandises au niveau ; les peines contre les réfractaires sont rigoureuses ; elles seront strictement exécutées.

On a dénoncé à vos administrateurs un grand crime, c'est le projet infernal de nous réduire à la famine, en livrant aux bestiaux les grains de première nécessité ; mais nous n'osons croire à ce forfait. Nos ennemis les plus acharnés auroient pu suggérer une pareille idée; eux seuls peuvent enfanter ces projets infâmes capables d'anéantir notre liberté, pour laquelle depuis quatre ans nous combattons avec tant de persévérance.

Mais s'il étoit possible qu'il existât un homme assez noir peur se prêter à cette infamie, qu'il tremble, le glaive de la lo;, en s'appesantissant sur sa tète, lui prouveroit bientôt que sous un gouvernement libre on n'outrage pas impunément la justice et l'humanité.

Chers concitoyens, frères et amis, encore quelques efibrts, encore quelques sacrifices, et la victoire est à nous. Vos administrateurs vont vous proposer des mesures salutaires; ils ne doutent pas que vous ne les adoptiez avec le plus grand zèle. Les représentans du peuple près l'armée des Alpes ont arrêté qu'il seroit fait un mélange d'un sixième de seigle avec le froment dans

le pain de munition ; ils viennent d'ordonner un seul pain économique. Si les défenseurs de la patrie adoptent ce régime, quelles raisons aurions-nous de nous y refuser ? Imitons nos frères habitans des campagnes ; ils ne mangent que du pain grossier, et ils se portent bien (i).

Le représentant Reverchon ne se contenta pas de cette exhortation platonique. Dans une proclamation du i^'" novembre, datée de Mâcon, il recommanda aux autorités constituées, aux municipalités, aux commissaires de police, de tenir la main à Tapplication du maximum, sous peine de responsabilité. De plus, il exigea que les marchés fussent approvisionnés au moyen de réquisitions directes faites par les corps constitués, sous peine, pour les récalcitrants, d'être traités comme suspects (2).

Les représentants réunis à Ville-Affranchie, Couthon, Maignet, de la Porte, Châteauneuf-Randon et Albitte, firent mieux encore. Prétendant qu'un prompt battage des grains mettrait en évidence l'abondance de la récolte et dissiperait les inquiétudes entretenues par les aristocrates, ils imaginèrent de créer dans notre région une armée révolutionnaire de mille hommes par département,

(0 Adresse du 28 octobre 1793 et autres documents sur les subsistances. Bourg, 10 p. in-4°. — Ph. L. D.

(2) Proclamation des représentants du peuple envoyés dans les départements de Saône-et-Loire, Rhône-et-Loire et de l'Ain. Du on'{iéme jour du second mois de l'an 2' de la République. Bourg, 4 p. in-4''. — Ph. L. D.

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