‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 34 sur 291 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

nay, après les réparations et dispositions nécessaires.

Le 28 octobre, les administrateurs de TAin reçoivent l'arrêté suivant daté de la veille, relatif à Brillât-Savarin :

République française une et indivisible.

Au nom de la République française.

Les Représentants du peuple, délégués par la Convention nationale pour les départements de la Côte-d'Or, du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône, du Mont-Terrible et de l'Ain.

Arrêtent que le citoyen Brillât-Savarin., quoique destitué de la place de maire de Belley, jouira provisoirement de toute sa liberté jusqu'à ce que nous ayons pris des informations par nous-même ou par des commissaires à ce délégués.

Dôle, le sixième jour du deuxième mois de la 2« année de la République française.

' Signé : Prost (i).

Brillât-Savarin a expliqué lui-même comment le représentant Prost s'était humanisé à son égard :

J'étais un jour, dit-il, monté sur mon bon cheval la Joie, et je parcourais les coteaux riants du Jura.

C'était dans les plus mauvais jours de la Révolution, et j'allais à Dole, auprès du représentant Prost, pour en obtenir un sauf-conduit qui devait m'empêcher d'aller en p -ison, et probablement à l'échafaud..,.

Registre du directoire de l'Ain.

.... Mon voyage eut un succès que je n'aurais presque pas espéra'. Je trouvai, à la vérité, le représentant Prost fortement prévenu contre moi : il me regarda d'un air sinistre, et je crus qu'il allait me faire arrêter; mais j'en fus quitte pour la peur, et après quelques éclaircissements, il me sembla que ses traits se détendaient un peu...

Je fus un peu moins mal accueilli de madame Prost, à qui j'allai présenter mon hommage... Dès les premières phrases elle me demanda si j'aimais la musique. O bonheur inespéré I elle paraissait en faire ses délices, et comme je suis moi-même très bon musicien, dès ce moment nos cœurs vibrèrent à l'unisson....

Après souper, elle envoya chercher ses cahiers ; elle chanta, je chantai, nous chantâmes ; jamais je n'y mis plus de zèle, jamais je n'y eus plus de plaisir....

.... Au moment où nous nous quittâmes, madame Prost me dit : « Citoyen, quand on cultive comme vous les beaux-arts, on ne trahit pas son pays. Je sais que vous demandez quelque chose à mon mari : vous l'aurez ; c'est moi qui vous le promets. »

A ce discours consolant, je lui baisai la main du plus chaud de mon cœur ; et effectivement, dès le lendemain matin, je reçus mon sauf-conduit bien signé et magnifiquement cacheté.

Ainsi fut rempli le but de mon voyage. Je revins chez moi la tête haute ; et, grâce à l'harmonie, cette aimable fille du ciel, mon ascension fut retardée d'un bon nombre d'années (i).

Le !'='■ novembre, « vu la dénonciation faite par la société populaire des Sans-Culottes de Bâgé

(i) Physiologie du goût, § xxiii des Variétés.

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