‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 48 sur 291 · CHAPITRE IV. Ol · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. Ol

nure que prenait la délibération. Merlin vient enfin annoncer que l'arrestation du prince est décrétée, et que sa perte est résolue. « Grand Dieu (s'écrie le duc Egalité en se frap- « pant le front) ! est-il possible > Après toutes les preuves c de patriotisme que j'ai données, après tous les sacrifices 0 que j'ai faits, me frapper d'un pareil décret ! quelle « ingratitude! quelle horreur! Qu'en dites-vous, Mon- « ville? Celui-ci dépouillait et assaisonnait une sole, il « exprimait le jus d'un citron; il répond au prince sans 0 se déranger le moins du monde : C'est épouvantable, a Monseigneur; mais que voulez-vous? ils ont eu de Votre « Altesse tout ce qu'ils pouvaient en avoir, Elle ne peut « plus leur servir à quelque chose, et ils font de Votre € Altesse ce que je fais de ce citron, dont le jus est exprif raé. » M. de Monville jette dans la cheminée les deux moitiés du citron, et observe au prince que la sole doit être mangée bien chaude. — Nous garantissons l'exactitude de cette petite anecdote (i).

Le même jour encore, 6 novembre, le Comité de surveillance d'une commune rurale se distingua par son excès de zèle contre les suspects. Voici ce que nous lisons dans le manuscrit de M. de Lateyssonnière :

/ 6 brumaire an II. Délibération du comité de surveillance de Marboz. S. père, président, rapporteur et rédacteur de cette délibération, conclut à l'arrestation de trenteneuf personnes dont 14 hommes et 25 femmes. On voit d'après leurs noms que ces proscrits étoient des cultiva-

(1) Hist. de France depuis l'assemblée des Notables, 7' édition, t. IV, F- 144-

teurs de l'endroit. Ce rapport remplit six pages écrites avec une hypocrite sensibilité ; il y règne une adresse infernale. Il contient des accusations générales contre les aristocrates et les prêtres ; il accuse ceux de ce département d'avoir, lorsqu'ils furent arrêtés en mai 1793 par ordre d'Amar et Merlino, demandé la suspension de leurs arrêts en offrant de prêter le serment civique, ou de l'avoir refusé ; il accuse vaguement ceux qui sont l'objet du rapport d'avoir servi la division, d'avoir activement consulté l'aristocratie, d'avoir refusé le service de la garde nationale. Aucun délit n'est imputé en particulier à chacun des 39 accusés. Quel arbitraire dans ce petit endroit !

Ces victimes du sans-culottisme furent amenées aux Ciaristes de Bourg. Après quatre mois de détention, vingt-six furent élargies, mais à la condition de prêter le serment civique et d'assister à toutes les fêtes décadaires.

Autre genre d'arbitraire. Le 18 brumaire (8 novembre), la municipalité de Bourg donna congé à une troupe de comédiens sous prétexte que les réjouissances publiques étaient inopportunes, et, deux jours après, elle organisait en l'honneur de Marat une fête civique et balladoire, dont nous parlerons bientôt, et qui est restée fameuse parmi les fêtes révolutionnaires. Défions-nous donc du considérant de son arrêté.

Sur la proposition d'un membre, de retirer les clefs de la salle des spectacles qui sont entre les mains du citoyen Geoffray [ou Jouffroy] ;

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