‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 49 sur 291 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le Conseil, considérant que dans ce moment on ne doit s'occuper que du salut de la République et que l'on doit suspendre jusqu'à la paix toute espèce de récréations publiques qui peuvent contribuer à des rassemblements peut-être dangereux ;

A arrêté, ouï le procureur de la commune, que le dit citoyen Geoffray serait tenu de rendre sous huitaine les clefs de la salle des spectacles et de sortir dans le même délai de la ville ainsy que sa troupe, à peine d'être déclaré suspect.

Le véritable motif de cette expulsion, légèrement effleuré à la fin du considérant, est nettement exprimé dans un autre arrêté plus rigoureux, rendu le 22 brumaire :

Le Conseil général , délibérant sur la comédie existante depuis près de dix mois à Bourg régénéré ;

Considérant que le rassemblement qui se fait à la comédie est reconnu n'être que du reste des fédéralistes qui ne sont pas encore incarcérés ;

Considérant que le directeur a été nommé secrétaire de la société contre-révolutionnaire ;

Considérant que, depuis deux mois, il a été signifié au citoyen Geoffray, directeur, de quitter la ville à peine d'être déclaré suspect et incarcéré comme tel ;

Considérant que nouvel arrêté a été pris dernièrement pour qu'il évacue la ville et apporte les clefs de la salle à la municipalité ;

Considérant que plus il restera, plus il sera dans le cas de faire tort aux citoyens et de les tromper sur le payement qu'il leur promet et qu'il n'exécutera jamais ;

A arrêté à l'unanimité que les clefs de la salle seront

apportées après le spectacle du 22 brumaire an II de la République, et que le directeur évacuera la ville à peine d'être incarcéré comme suspect, ne l'ayant jamais vu frayer qu'avec les individus reconnus pour tels (i).

La municipalité allait un peu comme une corneille qui abat des noix. Aussi, le lendemain, le directeur ayant présenté ses observations, fut-elle obligée de lui accorder une prolongation d'un mois, à la condition toutefois que l'arrêté de la veille « seroit publié pour qu'aucun citoyen ne leur fît crédit », qu'il ne jouerait ni les mardis, ni les vendredis et qu'il soumettrait à l'approbation municipale les pièces à représenter (2).

La politique faisait oublier au maire Blanq- Desisles qu'il avait été comédien lui-même.

Il y avait à Trévoux un ambitieux Figaro, nommé Bouclet. Il se crut un grand hom.me parce qu'il détestait les honnêtes gens qui lui faisaient gagner sa vie. Le désir lui vint sans doute de changer son peigne et son rasoir contre une bonne place; car, le 18 brumaire, il fit rédiger par la société populaire de Trévoux et adresser aux proconsuls et à la société populaire de Ville-Affranchie l'éloge ampoulé de ses vertus civiques. Ses frères et amis s'extasièrent donc, pour lui être

(i) Registre municipal de Bourg.

(2) Voir ci-après cli. Vll de la XV« Epoque.

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