CHAPITRE PREMIER
ils envoyaient Marie-Antoinette à l'échafaud et, le 3i, la mort de 21 Girondins et la fuite ou Temprisonnement des autres leur laissaient complètement le champ libre à la Convention.
Nous avons fait connaître, à la fin du précédent volume, comment la loi des suspects fut appliquée dans notre département jusqu'au 12 octobre. Avant de reprendre l'exposé de nos documents à cet égard, il nous semble utile de nous arrêter un instant au procès de Marie-Antoinette, à celui des Girondins, et aux tribunaux révolutionnaires de Ville-Affranchie. Par quelques points d'ailleurs, le procès des Girondins et les tribunaux révolutionnaires de Lyon intéressent directement le département de l'Ain.
On se souvient que, lors de la condamnation de Louis XVI, la Convention promit au roi qu'elle prendrait soin de sa famille. Mais que valait la parole d'une assemblée d'énergumènes qui n'avaient plus le sentiment de l'honneur et de l'humanité ? Les monstres jaloux de toute supériorité, qui avaient décapité Custines et réservaient le même sort à d'autres braves généraux, ne pou- ]. \raient épargner ni la reine, ni M'"'^ Elisabeth, ni le . Dauphin. Ils livrèrent au bourreau les deux prini :esses et confièrent au brutal Simon le soin de
faire périr l'enfant royal par ses mauvais traitements.
Notre plan ne comporte pas le récit détaillé du procès de la reine (i) ; nous nous contenterons d'en faire ressortir l'iniquité, en empruntant à un historien libéral le compte rendu suivant :
La vie de Marie-Antoinette était un gage entre les mains des ennemis de tous les siens, et qui pouvait encore leur commander quelques ménagements ; sa mort devait les rompre. Un rapport à l'assemblée classa et énuméra tous les griefs contre elle, et sans aucun doute il y en avait de très grands ; mais on se garda de considérer que l'état de révolution avait mis la liberté publique et l'antique autorité royale dans un véritable état de guerre. Epouse, mère et reine, ses obligations politiques étaient trop en opposition avec ses devoirs de famille, et c'était bien à elle que pouvait s'appliquer l'axiome : summum jus, summa injuria. Le salut public qui est aussi, sans doute, une loi suprême, ne commandait pas un sacrifice barbare et inutile ; sa présence ne pouvait plus mettre les ennemis du dehors debout; ils y étaient tous; mais son supplice devait les obliger d'y rester. Elle fut transférée du Temple à la Conciergerie, y subit sans délai toutes les formalités judiciaires et communes ; elle comparut devant les juges révolutionnaires, et son interrogatoire public, que l'Europe entière devait connaître, semblait disposé pour ajouter l'odieux des formes à l'odieux de l'action.
La hiérarchie civile que l'ordre des sociétés est obligée d'admettre dut s'étonner de voir la fille de tant de souve-
(i) MM. Bûchez et Roux en ont donné la relation complète dans leui Hist, parlementaire, t . xxix, p. 33 8 .