CHAPITRE PREMIER
rains, la veuve du dernier de tant de rois, sortir du guichet de la prison publique, pour comparaître devant un tribunal de circonstance, et qui n'était compétent pour aucun citoyen. L'acte d'accusation, à des inculpations vraies, à d'autres inculpations vagues alliait des inculpations monstrueuses, où la nature outragée repoussait même le soupçon ; au mépris des lois criminelles de toutes les nations, le fils, enfant de huit ans, fut reçu en témoignage contre sa mère, et les plus absurdes, les plus immorales dénonciations furent admises au procès et employées dans l'interrogatoire public, que confondit cette belle réponse, pleine de grandeur et de vraie dignité : « Il y a sans doute ici des femmes, épouses et mères, j'en appelle à elles. »
On l'accusait aussi d'avoir traité son fils comme roi depuis la mort du père, et ce fait, peut-être vrai, ne pouvait être un délit pour elle ; on l'accusait avec plus de vraisemblance d'avoir communiqué aux puissances ennemies, à l'empereur, son frère, les plans d'opérations des armées, arrêtés au Conseil; on lui reprochait encore d'avoir, à la journée du lo août, présenté des armes à son mari, en le pressant d'en faire usage.
Lorsque les jurés eurent prononcé et qu'elle eut entendx la lecture du jugement, le président lui adressa la formule usitée : c N'avez-vous rien à ajouter sur l'application de la loi? » Elle répondit : « Rien. » Et ses yeux baissés ne se relevèrent plus. Quoique ses forces physiques fussent affaiblies par l'état de maladie et d'épuisement que l'âge avait amené, ses facultés morales ne succombèrent pas; la violence de son caractère qui, dans le cours des événements de la Révolution, avait souvent trahi son secret, céda; aucun emportement, aucun mouvement de cc'lère ne dégrada sa dignité. Elle fut conduite les mains
liées au lieu de l'exe'cution, dans le tombereau qui servait à tous les condamnés, et fut obligée d'emprunter des vêtements à la femme du gardien de sa prison.
Une foule peu nombreuse attendait le triste cortège à la porte de la prison, et l'accompagna avec les cris de l'insulte. Pendant le trajet, elle resta les yeux levés vers le ciel, détournés des objets qui l'entouraient. Arrivée à l'échafaud, elle se mit à genoux, et courba la tête sous le fer, sans parler et sans résistance.
Au tribunal de la postérité, Marie-Antoinette ne sera pas innocente de tous les délits qui lui furent imputés ; mais ceux qui servirent de prétexte à sa condamnation, ne la motivaient pas. La juridiction nationale n'avait point de droit sur elle; ses liens comme épouse étaient rompus. Les effets de la Révolution avaient brisé tous les nœuds qui l'attachaient à la France (i).
Marie-Antoinette monta sur Téchafaud le i6 octobre lygS, madame Elisabeth, le lo mai 1794; et le Dauphin mourut dans sa prison le 8 juin 1795.
Amar, que nous avons vu à Pœuvre dans TAin avec Merlino, prêta sa plume à l'acte d'accusation des Girondins, tissu de griefs contradictoires et d'anecdotes plus ou moins véridiques, recueillies au club des Jacobins. « Ce fut le farouche Amar qui, le 3 octobre, dit Bertrand de Moleville, fit décréter d'accusation ces infortunés Girondins,
(i) Le vicomte de Toulongeon, Hist. de France depuis la Révolution de 178g. T. IV, p. 104.