CHAPITRE PREMIER
comme ayant conspiré contre la liberté du peuple français, ainsi que contre l'unité et Tindivisibilité de la République ; c'étoit le protocole d'usage pour trouver des crimes aux hommes qui n'en avoient pas commis. » La cause réelle de leur procès, c'est qu'ils constituaient un parti d'hommes supérieurs, qui gênaient les tyrans de la Convention et qui avaient inspiré la résistance des provinces à leur omnipotence oppressive.
D'après le rapport d'Amar, Brissot était coupable, d'une part, d'avoir mis des afiQches républicaines au moment de la détention de Louis XVI, après son retour de Varennes, — coupable, d'autre part, de s'être opposé à l'établissement de la République à l'époque du j o août, — coupable encore d'avoir suscité le 20 juin. On l'accusait aussi d'avoir, dans ses rapports à l'Assemblée, conseillé la guerre, et bientôt après, d'avoir ménagé la paix avec la Prusse.
On reprochait à Brissot, à Vergniaud, Guadet et Gensonné d'avoir voulu sauver Louis XVI à 1 époque de son jugement et, en même temps, on leur faisait un grief du journal Le Républicain que Brissot et Gondorcet avaient publié dès 1 791.
On reprochait à Rœderer d'avoir dénoncé le peuple au 10 août, pour avoir dit à la barre de 1 Assemblée : « Le roi est un homme; cet homme un père. Les' enfants nous demandent d'assu-
rer l'existence du père, la loi nous demande d'assurer l'existence du roi, la France nous demande d'assurer l'existence de l'homme. »
On reprochait à plusieurs l'appel au peuple dans le procès du roi ; à Rabaud-Saint-Etienne, cette belle parole prononcée à la tribune : « Je suis las de ma portion de tyrannie. »
On reprochait à tous d'avoir voulu, de connivence avec Dumouriez, livrer Paris et les représentants aux armées étrangères, d'avoir voulu emmener le roi et l'Assemblée au-delà de la Loire, d'avoir suscité la rébellion de Lyon, Toulon, Marseille et Bordeaux.
On reprochait enfin à Carra, notre compatriote, d'avoir proposé à la tribune des Jacobins le duc d'York pour roi de France, et d'avoir, dans les Annales patriotiques^ présenté les Jacobins comme les amis de la Prusse, de l'Angleterre et de la Hollande, tous disposés à servir les maisons de Brandebourg et de Hanovre contre la maison d'Autriche (i).
Sur ce long et curieux rapport, la Convention décréta, le même jour 3 octobre, l'accusation de
(i) Acte d'accusation contre plusieurs membres de la Convention nationale présenté au nom du comité de sûreté générale par André Amar, membre de ce comité le treizième jour du premier mois de l'an II de la République française, et du vieux style le 3 octobre. Paris, imprimerie nationale. 54 p. in-8. — Pli. L. D.
Le 3 octobre, qui est la date réelle, correspond au rfo«îième jour du premier mois et non au treizième, imprimé par erreur.