‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 89 sur 291 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

En effet, un appareil imposant de gardes, de gendarmes, vint les prendre pour le leur faire subir aux Brotteaux. Une longue corde y fut fixée à chaque arbre d'une allée de saules. On attacha à cette corde chaque condamné par le lien qui lui comprimoit les mains derrière le dos ; et un piquet plus ou moins nombreux fut placé à quatre pas devant lui. Au signal donné, les premiers coups partirent, et, sans terminer la vie, commencèrent d'horribles souffrances. Les uns eurent les bras emportés ; d'autres, les mâchoires ou une partie de la tête. Tombant, se relevant, se débattant, on entendoit de toutes parts l'affreuse prière: Achevez-moi... Mes amis., ne m'épargne^ pas. Ces cris retentirent longtemps jusqu'à la rive opposée du Rhône. Ainsi s'exécutèrent toutes les fusillades. Dans celle des 209, la multitude des immolés doubla le temps de l'immolation. La balle, en emportant le poignet à Merle, ex-consjtituant, maire de Mâcon, l'a voit débarrassé de ses liens. Il en profita pour fuir. Déjà, il avoit fait un assez long trajet dans la campagne, les groupes s'étoient ouverts pour lui donner passage ; les volontaires ne bougeoient pas ; les drfgons délibéroient, lorsqu'un détachement de la cavalerie révolutionnaire se mit à sa poursuite, le joignit et le fit périr sous ses coups.

Après cette exécution, les corps furent dépouillés et jetés dans des fosses larges et profondes, que d'autres exécutions dévoient ensuite chaque jour combler. On les compta en les couvrant de chaux et d'un peu de terre. Il s'en trouva zio au lieu de 209. Cependant l'une des victimes s'étoit détachée de la chaîne commune et avoit échappé. Alors on se rappela que, lorsqu'on lioit les condamnés dans la cour de Roanne, deux malheureux avoient réclamé avec force, prétendant n'être que des commissionnai res, venus auprès des prisonniers pour les servir. Malgré

leurs plaintes, ils avoient été liés comme les autres ; ils avoient marché sous les coups de bourrade; ils étoient arrivés.... Ils n'étoient plus(i).

Le même auteur rapporte un fait intéressant qui se passa quelques jours après et dont le héros, le capitaine Albert Doxa, tenait un peu à notre pays par son mariage près de Gex.

C'était un Suisse à large face, à haute stature, aux sourcils noirs et épais. Il avoit servi chez toutes les puissances européennes, et étoit couvert de blessures. Il paroissoit en avoir cherché, mérité quelques-unes. Avec une tête ardente, son cœur était bon. Il parloit avec enthousiasme et de ses duels et de ses services. Généreux, n'ayant rien à lui, buvant de l'eau-de-vie, fumant sans cesse, il savoit se battre et obliger. Agé de 45 ans environ, il avoit toute la vigueur, toute l'adresse d'un jeune homme. Il s'amusoit à tirer à la muraille, à toucher du genou la terre, à se relever avec force et promptitude. Il étoit à Lyon lors du combat du 29 mai, où les citoyens s'insurgèrent contre la municipalité. Doxa s'étoit intéressé au sort des premiers. Placé en tête du bataillon de l'arsenal marchant contre l'hôtel-de-ville, il s'étoit fait remarquer à sa voix, à son intrépidité. Poursuivi par la municipalité de Lyon, il avoit déjà pour la même affaire subi quatre jugemens, deux à Mâcon, un autre à Bourg, un autre par le représentant Gouly. Tous avoient été en sa faveur, et l'avoient rendu à la liberté. L'amour l'avoit dédommagé de ses peines. Uni depuis peu de jours à une jeune femme domiciliée sur les

(i) Tableau des prisons de Lyon, 3" édition, 1797! p. 142-

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