‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 91 sur 291 · CHAPITRE VIII. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. l

Le poète ne fat pas le moins du monde embarrassé ; il remplit heureusement les quatorze rimes, non pas une seuie fois, mais trois fois, et fit trois sonnets de caractères très différents : une énigme, une prière et une épître.

Nous offrons au lecteur ces trois pièces pour reposer sa pensée ; il aura besoin de tout son calme pour lire dans le prochain chapitre la prose révolutionnaire du citoyen Javogues.

Enigme

Ami, pour me trouver ne va pas en prison. Née aux champs, à la ville on connoît mon mérite. C'est du printemps surtout que j'aime la saison. Par moi s'est vu souvent blesser le sybarite. Je suis reine où j'habite avec juste raison. Mes gardes ont souvent fait le lit de l'ermite ; Elles font mon rempart autour de ma cloison ; Mais je ne vaudrois rien au fond d'une marmite. Je m'annonce de loin sans le son du tambour:, Et, chantée autrefois par un preux troubadour. De sa couronne encor je forme la guirlande.

Si tu te sens ému d'un sentiment profond.

Si l'Amour de ses traits t'a percé jusqu'au fond.,

Peur fléchir sa rigueur, je sevai ton offrande.

Prière Oui, mes crimes, grand Dieu, ont creusé ma prison; De tes nombreux bienfaits l'oubli seul la mérite. N'ai-je pas employé ma plus belle saison A mépriser tes loix, à vivre en sybarite ?

l56 TREIZIÈME ÉPOQUE.

Ta grâce et mes malheurs éclairent ma raison; En mondain j'ai vécu, je veux vivre en ermite. Me voilà libre enfin, j'ai brisé ma cloison ; Du pauvre désormais j'adopte la marmite.

Mais que fais-je, imprudent? est-ce au son du tambour Que je dois sur mon front, orgueilleux troubadour^ Des modestes vertus arborer la guirlande ?

Ah ! l'humilité garde un silence profond ;

Elle espère, elle craint. Dieu des cœurs voit \efond.,

Et de la vanité ne reçoit point à' offrande.

Epitre (A madame Subrin.) Tu veux qu'en bouts-rimés j'esquisse ma. prison. On y voit quelques sots et des gens de mérite., Des laidrons, des beautés de plus d'une saison, Des rustres ennuyeux, maint et maint sybarite. Là, sont des gens sensés et des gens sans raison. On rencontre l'escroc à côté de l'ermite. Il n'existe pour tous qu'une même cloison ; Et chacun va pêcher dans la même marmite.

La retraite s'y fait, mais non par le tambour. A travers ses barreaux j'ai vu le troubadour A sa tant douce amie offrir une guirlande.

Pendant qu'autour de moi règne un sommeil profond, A te tracer ces vers ma muse se morfond ; Avec bonté, Subrin, acceptes-en l'offrande.

Avant de raconter l'expédition de Javogues à Bourg, offrons encore au lecteur une curiosité révolutionnaire ressuscitée de nos jours. C'est un

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