‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 92 sur 291 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

baptême républicain célébré à Montluel ; le voici tel qu'il est consigné sur le registre de la société populaire :

Séance du lundi 21 frimaire (an II),

Le séance ouverte, un membre a dit :

Le fanatisme et la superstition cèdent partout leur empire aux saines maximes de la raison et de la philosophie. La vérité brille dans tout son jour; les préjugés disparoissent, et bientôt le peuple sera dégagé des chaînes que l'autel avoit inventées pour le malheur de l'espèce humaine.

A peine autrefois l'homme avoit reçu la naissance qu'il étoit livré au charlatanisme d'un prêtre qui, pour lui administrer le baptême, forçoitses parents à abjurer pour lui des erreurs auxquelles il ne pouvoit avoir pris part. Eh bien, cette manœuvre oppressive du fanatisme vient d'être proscrite d'une manière éclatante dans notre commune.

Il est né au citoyen Sauvage le jeune, un fils. Ses parents, éclairés par la plus pure philosophie, et reconnoissant que tous les individus sont nés et doivent demeurer libres, l'ont présenté aujourd'hui à la statue de la liberté. Là, en présence d'un peuple nombreux, ils n'ont pas renoncé pour lui aux chimères méprisables avec lesquelles les prêtres subjuguoient notre croyance et nous rendoient esclaves ; mais ils ont juré que, né libre, il sauroit vivre et mourir libre.

D'après ce rapport un membre a demandé qu'il fût fait mention dans le procès-verbal, de ce baptême républicain.

Un autre, qu'il en fût usé de même à l'avenir à l'égard des nouveaux-nés.

Un troisième, en appuyant la dernière proposition, vouloit qu'il fût adjoint un membre au bureau pour tenir registre de ces baptêmes.

L'assemblée, en rejetant les deux dernières propositions par le motif que la Convention a garanti la liberté des cultes et qu'il existe un officier public chargé de constater les naissances, a arrêté que mention civique seroit faite au procès-verbal du baptême républicain qui a été administré au fils Sauvage, et qu'extrait en seroit envoyé par le comité de correspondance à la Convention nationale et à toutes les sociétés populaires voisines (i).

Les Sans-Culottes de la troisième République ont perfectionné le baptême impie, en parodiant plus exactement le cérémonial religieux. Tous les journaux ont rendu compte récemment août 1881) de celui qui fut présidé à Belleville par Henri Rochefort ; voici comment on a procédé d'après le correspondant du Salut public de Lyon :

M. Henri Rochefort vient de se révéler sous un nouveau jour. Il a « baptisé »,hicr à la salle Cagny, à Belleville, trois jeunes libres penseurs âgés de deux mois à un an, fils de libres penseurs. Les trois marmots emmaillotés poussaient des cris aigus et désespérés, lorsque la fanfare La clé de sol, venue en leur honneur, exécutait un morceau de son répertoire.

La cérémonie a commencé à une heure par un discours très bref du célèbre lanternier. M. Rochefort s'est exprimé ainsi :

(0 Registre de la Société populaire de Montluel.

Page 1