‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 10 sur 275 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

et d'en avoir fait distribuer aux Marseillais. Pétion s'empresse de rompre Tentretien, s'esquive dans le jardin, se fait appeler par l'Assemblée nationale, puis consigner dans son hôtel pour paraître étranger à tout ce qui va se passer -, mais il a donné ses instructions.

Au bruit des cloches et des tambours, les sections de Paris s'étaient réunies , et vingt-huit avaient délégué 82 commissaires, lesquels s'assemblèrent à l'Hôtel-de-Ville entre une heure et deux heures de la nuit. Telle fut l'origine de la municipalité insurrectionnelle qui se substitua bientôt à la commune légale, de laquelle il ne resta que le maire Pétion et le procureur-syndic Manuel. Il est à remarquer que les coryphées du parti démagogique ne siégèrent dans la commune insurrectionnelle que lorsque le danger fut passé. On n'aperçut cette nuit-là ni le lâche Robespierre (on se rappelle sa frayeur lors de la fuite du roi), ni Fabre d'Eglantine, ni Billaud-Varennes ; Danton et Camille Desmoulins ne parurent qu'un instant, et Marat resta blotti dans sa cave.

Le premier soin des usurpateurs de Thôtel-deville est de désorganiser les plans du commandant général. Ils expédient deux officiers municipaux, porteurs d'un ordre du Conseil, qui enjoint au commandant Robert de ne pas faire usage de son artillerie sur les ponts ; et ils font appeler M. de

ÏO HUITIEME EPOQUE.

Mandat. Subordonné à la municipalité, M. de Mandat obéit à la seconde ou à la troisième sommation, et quitte les Tuileries vers cinq heures du matin. L'autorité légale, qui siège encore à l'hôtelde-ville, l'interroge et le laisse partir ; mais en quittant la salle du Conseil, il est entraîné dans la salle de la commune insurrectionnelle. Là, nouvel interrogatoire, suivi de sa révocation, de son remplacement par Santerre, et de Tinvitation de signer Tordre de retirer la moitié des troupes du château. M. de Mandat refuse héroïquement (i). Sur ce, les commissaires décident qu''il sera conduit en prison. Le Conseil légal fait en vain des représentations. Les commissaires se prétendent les maîtres, et le deviennent en effet; ils suspendent le Conseil, s'installent à sa place, et ordonnent le transfert de M. de Mandat dans la prison de TAbbaye. Les sicaires à leur dévotion comprennent ce que cela signifie. On le tire de sa prison provisoire, et sur les premières marches du grand escalier ils lui brisent la tête d'un coup de pistolet.

La seconde préoccupation des usurpateurs est de consigner leur maire dans son hôtel ; on lui envoie une gardé de six cents hommes. Le captif volontaire écrit deux lettres, Tune à l'Assemblée nationale et Pautre au Département pour avoir

(i) Ce fait est établi par M. Mortimcr-Tcrnaux, Hist. de la Terreur. t. II, p. 275, 2' édit.

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